LIVRE X^ — CHAPITRE IH«. Si
reconnu être inséparables de la notion que nous avons d'elle. La substance créée a donc en soi, comme la substance incréée dont elle ne diffère que par la limite, certaines énergies nécessaires, un principe de force, un principe de forme et un principe d'union. Que si, en effet, on supposoit la substance créée parfaitement simple et homogène, nulle production n'y seroit possible, et en outre privée de force interne, de forme et de ce qui fait le lien de Tune et de l'autre, elle seroit sans raison d'être, sans manière d'être déterminée, sans que rien en elle effectuât l'union de la force et de la forme d'où résulte son unité, elle s'évanouiroit, pour parler de la sorte, dans une contradiction absolue. Ainsi, par toutes les voies, nous sommes ramenés aux conceptions primordiales qui nous ont servi de base jusqu'ici.
La substance limitée ou divisible, qui est ce que l'on conçoit de premier dans la Création, nécessairement remplit tout l'espace, ou plutôt est l'espace lui-même, qui ne seroit sans cela qu'une abstraction dépourvue de réalité. Le rien n'est pas un lieu, et le vrai lieu des êtres est la substance sous ses deux modes, infini en Dieu, fini hors de Dieu. C'est en elle que se produit tout ce qui peut être produit, et ce qui se produit n'est qu elle encore, puisqu'elle est le fonds de tout être, et que chaque être, selon
:>2 II® PARTIE. — DE L'HOaiME.
sa nature distinctive, n'en est qu'une modification déterminée par ce qui opère la variété dans l'unité, c'est-à-dire par la forme.
Pour user d'un mot admis déjà, nous appellerons étlier la substance qui remplit l'espace, qui est l'espace même, et l'éther ainsi sera pour nous le fluide primitif, universel, au sein duquel se réalisent tous les phénomènes de la Création, lesquels ont en lui leur raison ou leurs causes immédiates, qui s'engendrent Tune l'autre successivement, éternellement ^
Mais comme on est obligé de concevoir dans la substance infinie trois énergies, trois propriétés essentielles et diverses qui seules en rendent l'existence possible, on est obligé de les concevoir également dans la substance finie ou dans le fluide universel , et l'éther dès-lors implique trois énergies correspondantes à la force, à la forme et au principe qui les unit. Conduits directement à cette même conclusion dès le commencement de cet ouvrage ^, nous avons cherché, dans l'ordre physi-
' On verra plus loin comment, selon nous, on peut concevoir Tordre progressif de ces générations, d'où lésulle la série des êtres. Le point de départ de leur production est le fluide primitif, l'éther, que la pensée conçoit forcément comme antérieur à tout ce qui se produit successivement en lui ; mais tout ne sort pas immédiatement de lui. La condition immédiate de la formation de chacun des êtres dont l'enchaînement constitue l'Univers, est l'existence préalable des êtres plus simples qui en sont les éléments nécessaires.
2 r'^ part., liv. 111 . chap. VIIL