LIVRE X^ — CHAPITRE II
la force, principe de toute activité ; secondement, la forme, principe de toute détermination ; troisièmement, le principe d'union ou de vie, qui, ramenant la force et la forme à l'unité de la substance, accomplit Têtre et le rend possible, car tout être est un.
Donc l'électricité, la lumière et le calorique doivent correspondre, dans le monde physique, à ces propriétés nécessaires; ce qui revient à dire queTélectricité, la lumière et le calorique ne sont, par leur essence, que ces propriétés mêmes inhérentes à l'éther, dans l'unité duquel l'électricité se spécifie par l'idée de force ou de principe d'activité, la lumière par l'idée de forme ou de principe de détermination, le calorique par l'idée d'union ou de principe de vie.
Une démonstration absolue de cette spécification des trois fluides impondérables, comme on les a nommés, seroit difficile, impossible peut-être dans Tétat de la science, et il y en a plusieurs raisons. D'abord, aucune essence ne tombe directement sous l'observation; les sens frappés des seuls phénomènes, n'aperçoivent ni la force en soi, ni la forme en soi, ni ce qui les unit. En second lieu, non seulement ils ne remontent point au-delà des effets, mais ils ne révèlent les effets mêmes que dans leurs rapports avec notre organisation, et c'est pourquoi chaque sens nous donne, du même effet identique une sensation différente. Enfin, l'action simultanée des trois
fluides impondérables, étant, comme déjà nous l'avons remarqué, indispensable, dans la production de tout phénomène, aucun d'eux ne peut être expérimentalement isolé de telle sorte que sa nature essentielle se manifeste en des faits qui dépendent exclusivement d'elle. A quoi encore il faut ajouter, qu'à cause de leur universalité même qui embrasse tous les ordres de phénomènes, aucune des énergies primordiales ne sauroit avoir d'expression complelte, que celle qui ressort de l'ensemble de ces phénomènes comparés aux idées pures que l'esprit conçoit comme antérieures et supérieures, dans leur nécessité absolue, à tout ce qui n'est que phénoménal, à tout ce qu'affecte radicalement le caractère de contingence.
Toutefois la spécification de ce qui constitue l'essence respective de l'électricité, de la lumière et du calorique, n'est pas non plus, à beaucoup près, arbitraire ou fondée sur de simples hypothèses.
En effet, si, d'une part, il n'est point de phénomène physique qui n'implique le mouvement, par conséquent une force productrice du mouvement, d'une autre part, l'action directe de l'électricité, ramenée à ce qu'elle a d'universel, de commun à tous les effets qui dépendent d'elle immédiatement, qui ne sont ni des phénomènes de lumière, ni des phénomènes de chaleur, ni des phénomènes chi-