LIVRE X«. — CHAPITRE 1er
lesquelles ne sont elles-mêmes que les lois internes àe Dieu, expression nécessaire de TÉtre nécessaire. Car on ne doit pas oublier que toutes les lois possibles ne sont que les lois de TËlre ; que l'Être peut subsister sous deux modes, Fun infini ou absolu et nécessaire; Tautre fini ou relatif et contingent; que les lois de l'Être infini et de Têtre fini ne sont dèslors radicalement que les mêmes lois, les lois de l'Être considéré abstractivement sans distinction de modes; qu'étant donnée ensuite la distinction des modes, les lois diffèrent entre elles comme les modes mêmes diffèrent entre eux, absolues, nécessaires dans l'Etre infini; relatives, contingentes dans l'être fini, mais toujours unes par leur essence. Et puisque les lois de l'Être ne sont que les conditions de son existence sous le mode particulier qui le détermine, et qu'on est forcé de concevoir en lui quelque chose de fondamental, antérieur à toute détermination distinctive de modes, il s'ensuit, premièrement, qu'identiques dans leur source, les lois de l'Etre infini et de l'être fini sont identiques aussi dans leur notion radicale et primordiale; secondement, que si l'on nie, ou si seulement on fait abstraction des lois propres soit de l'Être infini soit de l'être Uni, niant par cela même leurs conditions respectives d'existence, on est fijrcé de les nier euxmêmes explicitement ou implicitement, et après les
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avoir éliminés de l'ordre spéculatif de la connoissance, de les éliminer de l'ordre pratique d'action : en d'autres termes, on est forcé de se poser exclusivement soit dans l'ordre incorporel des essences immuables, des causes absolues, soit dans l'ordre matériel des phénomènes variables, des effets contingents, incapable désormais de comprendre les effets, de vérifier les causes; plongé, hors de Dieu ou de la Création, dans un abym.e où la pensée ne pouvant se prendre à rien de ferme, la raison, la conscience, Thomme tout entier dépourvu de règle, flotte au hasard entre de pures hypothèses logiques et des sensations fugitives, impuissantes à légitimer aucune affirmation.
Tout ce qui altère l'unité de la Science en ébranle donc la certitude, et en même temps ébranle l'ordre moral, dont les lois complexes, dans leur double relation au fini et à l'infini, résultent de l'union des lois absolues des êtres conçus dans leur type éternel, et des lois relatives des réalités contingentes : d'oi!i vient que, par des voies opposées, en niant respectivement quelqu'une des conditions nécessaires de sa vie, le pur spiritualisme et le matérialisme pur aboutissent également à la destruction de l'homme et delà société.
Envisagée en soi dans sa plus grande généralité, la Science n'étant, nous le répétons, que la connois-