‹ Esquisse d'une philosophie (volume 2)Chapitre 59 sur 229 · LIVRE X®. — CHAPITRE Vie · texte numérisé non relu

LIVRE X®. — CHAPITRE Vie

sens qu'il manifesta les formes déterminées existantes. Ce fut comme l'aube d'un jour sans fm.

De là deux ordres intimement liés de fonctions et de lois du fluide de la forme.

L'un de ces ordres comprend les lois de la forme en tant qu'elle coopère suivant son essence à la production des êtres, ou les lois de la lumière en tant qu'élément constitutif de ces mêmes êtres.

L'autre ordre comprend les lois de la forme en tant que manifestée à nos sens, ou les lois de la lumière en tant qu'elle nous révèle les êtres existants dont elle a déterminé la nature, et les relations extérieures de ces êtres entre eux. '

Or la lumière physique remplit toujours cette double fonction. D'une part, elle contient des germes ^ innombrables de formes particulières qui se développent, lorsqu'elles se trouvent dans des conditions favorables à leur développement, et en même temps elle contribue au développement et à la conservation des formes déterminées déjà existantes, en s'assimilant à elles. D'une autre part, elle manifeste ces formes déterminées, et se manifeste elle-même dans sa propre indétermination. La physique s'en

' Nous entendons par germe ce (jui, étant donné un mouvement quelconque d'évolution, dirif^e, détermine ce mouvement, de manière qu'il produise toujours un certain être spécifiquement caractérisé par sa structure, soit complexe, soit atomique, et |)ar ses propriétés distinctives.

TO«E lY. g

occupe presque uniquement sous ce dernier rapport. Mais la physique expérimentale et la physique mathématique ne remontant point, l'une au-delà des faits contingents, l'autre au-delà des lois exprimables dans la langue du nombre, et qui dès-lors ne représentent que des relations entre de pures limites, elles laissent l'esprit, à Tégard des principes premiers et nécessaires des choses, dans une ignorance d'où résulte beaucoup de confusion et d'obscurité, lorsqu'il cherche à interpréter, en les ramenant à leurs causes réelles distinctivement et nettement conçues, les phénomènes toujours complexes de l'Univers matériel. Si rien n'y existe que sous les conditions de Tétendue ou de la substance finie, rien non plus n'y existe qui n'implique simultanément les propriétés delà substance, la force, la forme, la Yie, et nous entendons par vie l'énergie spéciale dont la fonction est d'unir la force à la forme. Ni la force, ni la forme, ni la vie, en tant qu'éléments du monde physique, ne sont donc des fluides complètement séparables ; en d'autres termes, dans l'action d'un des fluides primordiaux, il y a quelque mélange de l'action des deux autres fluides : d'où il suit qu'on doit distinguer, dans les faits donnés par l'expérience, ce qui appartient à chacun d'eux. Ainsi, puisque la lumière se meut, il y a de la force dans la lumière, et son mouvement, considéré purement

LÏVRE Xe. — CiîAPlTRE VSe. Hjj

en soi, ne dépend pas des lois propres de la lumière^ mais des lois de la force, seule cause productrice du mouvement.

Quand donc on recherche les lois de la propagation de la lumière, on recherche comment les lois du mouvement ou les lois de la force sont modifiées par celles du fluide lumineux, on recherche, en un mot, leur mode d'union qui constitue le mouvement particulier de la lumière, et ce mode d'union dépend encore lui-même en partie des lois propres du calorique, lequel est le principe d'union, l'énergie essenti-elle qui Fopère.

Il ne nous paroît pas impossible de reconnoître trois modifications générales du mouvement, relatives chacune aux trois principes ou aux trois fluides primordiaux partout répandus dans TUnivers; et si on rapproche ce que nous allons en dire de ce que nous avons observé ailleurs touchant la formation d'un corps quelconque \ on sera peutêtre frappé d'une coïncidence d'idées assez remarquable. Si l'on considère le fluide de la force ou l'électricité, comme émanant actuellement d'un point ou centre quelconque, il se présentera théoriquement deux cas : ou son action sera supposée libre, ou on supposera qu'elle rencontre des résistances, quelles qu'elles soient, qui la modifient.

' I'^ Part., livre IIP, chap. ÎV, tome I, p. 164.

I 16 lU PARTIE. — DE L'IÏOMME.

Dans le premier cas, le tluide rayonnera du centre en ligne droite dans tous les sens : c'est là son mou- Yement pur. Dans le second cas, il sera déterminé, par les résistances qu'il éprouve, à des directions particulières, constantes, ou variables; mais alors même son mouvement s'accomplira suivant des lignes droites, qui peuvent être d'ailleurs indéfiniment multipliées ou brisées indéfiniment. Ce mouvement modifié représente les rapports du iluide avec les corps de toute espèce, gazeux, liquides, solides, dont se compose notre planète et son atmosphère.

Si Ton considère le iluide de la forme ou la lumière comme émanant actuellement d'un point ou centre quelconque, son mouvement ne sera et ne pourra être que celui du fluide de la force, modifié par Faction essentielle et propre de la forme. Il s'opérera donc en tous sens, si aucun obstacle extérieur ne s'y oppose, non plus toutefois selon les rayons réciproquement indépendants les uns des autres, mais selon les surfaces qui terminent les rayons et les ramènent à l'unité de forme. Or ce mouvement selon les surfaces dans une masse fluide, est un mouvement d'ondulation. La lumière se propage donc dans Téther par un mouvement ondulatoire, dont la cause primitive, en tant que mouvement pur, est la force en laquelle réside le principe d'élas-

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