LIVRE X*. — CHAPITRE Yl
dans son progrès, la science arrivât par cette voie à des conjectures probables sur la nature physique des étoiles colorées.
Cependant la lumière, en tant qu'elle affecte l'organe physiologique de la vision, ne manifeste qu'incomplètement la forme. En ce qui constitue ses diversités radicales, celle-ci se révèle encore à nous par le son, qui, dans sa yariété indéfinie, est pour l'ouïe ce que les couleurs sont pour la vue. Mais qu'est-ce que le son ? Deux choses seulement paroissent prouvées ; qu'il n'a pas lieu dans le vide, au moins d'une manière perceptible pour nous; qu'il dépend originairement de certaines vibrations des corps, qui, se propageant soit dans Fair, soit dans d'autres gaz, soit même à travers des solides, viennent, sous la forme d'ondes sonores, ébranler Torgane de l'ouïe.
Or tout cela, ne seroit-ce point des conditions secondaires relatives à nous, plutôt que lestîauses réelles et premières du son?
Remarquons d'abord que tous les phénomènes physiques, impliquant le mouvement, impliquent des questions de mécanique, qui se résolvent par les mêmes lois, quelles que soient les différences intrinsèques qui caractérisent génériquement chacun de ces phénomènes; qu'ainsi les explications mécaniques, indépendantes de ces différences, sont
impuissantes à rendre des phénomènes qu'elles spécifient radicalement, une raison suffisante; et c'est que la mécanique ne les considère qu'au point de vue de la limite toujours identique, et que les différences réelles, appartenant à ce que les êtres ont de positif, ne résident point dans ce qui limite, mais dans ce qui est limité. Et, par exemple, à l'égard du son, si les lois du mouvement expliquent les tons dans leur rapport avec un nombre déterminé de vibrations en un temps donné, elles n'expliquent pas le timbre qui peut varier indéfiniment, le ton restant le même.
De simples ondes dans un milieu élastique, ne suffisent pas pour produire le son ; il faut, de plus, que ces ondes ou à leur origine, ou à un point quelconque de leur développement, se trouvent en contact avec un corps de densité différente. Les ondes de la mer, ni par elles-mêmes, ni par le mouvement qu'elles impriment à l'air qui les touche, ne rendent aucun son \ mais viennent-elles à se
ï « Je ne sais pas si c'est une observation qui mérite d'être rapportée, mais la mer ( sauf peut-être quand elle est dans une agitatioa extrême) ne paroît pas susceptible de produire le moindre bruit. Dégagée de tout obstacle, un silence profond accompagne sans cesse ses mouvements, et même je doute beaucoup que, dans aucun cas, l'agitation des vagues entr'elles puisse donner lieu à un bruit considérable. Dans l'impossibilité où l'on a été de faire cette reman|ue, il faut chercher la cause (|ui a empêché jusqu'ici la connoissance de ce ait. Sur le rivage ou sur la mer, personne ne s'est jamais trouvé sans