LIVRE X«. — CHAPITRE Vlie
Le principe essentiel et nécessaire qui les unit au sein de la substance étendue ou finie, a reçu, dans ses rapports avec la limite, le nom d'attraction, et il est clair que si l'attraction venoit soudain à s'anéantir, l'Univers tout entier s'évanouiroit dans le vide.
Comme le principe de forme, en déterminant Faction de la force, modifie le mouvement, le principe d'union le modifie aussi en un sens relatif cà sa fonction spéciale. Son mouvement propre ne sera donc ni le rayonnement de l'électricité, ni l'ondulation de la lumière, mais il se caractérisera par quelque chose d'un ou de central, qui résulte de l'essence même de cette énergie primitive et universelle.
La tendance à l'union implique, en effet, la ten dance vers un centre commun, et, dès-lors elle implique, dans l'ordre des réalités corporelles, la gravitation, dont le terme, négatif comme la limite, seroit le repos absolu \ et dans laquelle on doit bien
' Supposez un système quelconque de molécules soumises à la gravitation, chacune de ces molécules tendra vers le centre du système, et s'y rendra effectivement, si nul obstacle ne s'y oppose. A ce point la molécule cessant d être sollicitée à aucun déplacement ultérieur par la cause, quelle qu'elle soit, de la gravitation, son mouve ment cessera. Mais le centre ne peut être conçu que sous l'idée d'unité absolue, unité qui exclut l'étendue actuelle, sans quoi l'on seroit forcé d'imaginer dans ce centre même un nouveau centre; il se réduit donc à la notion négative de la limite pure. La gravitation n'est donc que la tendance à l'unité ou l'action sur les corps du principe d'union, dans ses rapports spéciaux avec ce qu'ils ont de négatif ou avec leur limite.
1^0 II* PAllTIE. — DE L'HOMME.
distinguer deux choses, le mouvement qui dépend directement de la force, la tendance centrale du mouvement que détermine le principe d'union. Car, en soi, le mouvement n'a qu une cause, la force, et soit que dans le-s phénomènes généraux de TUnivers, on en rapporte Torigine à l'impulsion ou à l'attraction, il n'est jamais que la force même actuellement active ou actuellement libre, déterminée à une direction par quelque chose qui n'est pas elle, et la communication du mouvement n^est que la communication de la force. Un corps choqué par un autre corps ne se meut pas parce que celui-ci se mouvoit, mais parce qu'il reçoit de lui tout ou partie de la force vive qui Temportoit dans son propre mouvement. Le choc n'est, au fond, dans ses effets, qu'un phénomène d'électricité, que l'état de la science ne permet pas encore de rapporter à sa cause réelle incomplètement connue.
On voit par ce qui vient d'être dit, qu'appliquées à l'explication des phénomènes de gravitation, les hypothèses newtonienne et cartésienne de l'attraction et de l'impulsion manquent Tune et l'autre d'un degré de clarté suffisant pour satisfaire pleinement l'esprit; et c'est pourquoi, malgré tant de magnifiques travaux dont les résultats sont impérissables, impatient de l'obscurité qu'elles laissent subsister, il cherche encore une nouvelle lumière qui la dissipe.