‹ Esquisse d'une philosophie (volume 2)Chapitre 77 sur 229 · LIVRE X«— CHAPITRE Vlie · texte numérisé non relu

LIVRE X«— CHAPITRE Vlie

<Ju'est-ce en soi que l'attraction ? On ne la définit pas, on déclare même que Ton ne veut pas, que Ton ne peut pas la définir. Ce mot auquel on refuse d'attacher aucune notion positive et nette, n'exprime que la cause ignorée d'un ensemble d'effets que l'expérience constate; et, de plus, Thypotlièse, telle qu'on la présente, induit à confondre la cause directrice du mouvement, avec la cause réelle productrice du mouvement. L'impulsion ramène mieux le mouvement à cette cause réelle, mais elle élimine la vraie cause de sa tendance centrale, et conduit ainsi à une théorie incomplète, et, sous ce rapport, radicalement erronée des causes premières. En définissant l'attraction, en la réduisant à sa fonction propre, qui est celle du principe d'union dans le monde des corps en tant que limités, elle en devient l'expression juste, et satisfait à la fois aux faits dont elle donne les lois, et à la pensée qui conçoit ces faits dans leurs causes essentielles.

Simple et absolue comme la limite, rigoureusement identique comme elle, l'attraction ne se manifeste que par la pesanteur, qui n'est elle-même que la tendance vers un point central : et dans la pesanteur nécessairement proportionnelle à la masse *, dans le phénomène de la chute des graves qui est une suite de la pesanteur, on doit ainsi qu'il

* 1" part., liv. m, cbap. XI, tome I, page 197.

Yient d'être dit, reconnoître la double action simultanée du principe de force qui produit le mouvement, et du principe d'union qui en détermine la direction centrale, exactement inverse de celle que détermineroit l'essence même de la force pure, dans l'absence de toute cause extérieure à elle K

Bien que, dans ses rapports avec ce qui constitue positivement les êtres, le principe d'union ait des lois à quelques égards différentes de celles qui résultent de ses rapports avec leur limite, ces lois qui subsistent ensemble et se combinent comme l'élément positif et l'élément négatif dans les êtres eux-, mêmes, ont un caractère commun qui révèle clairement une commune origine. Toute existence implique, en effet, sous des conditions dépendantes de la diversité des natures, une certaine unité radicale qu'accomplit dans les êtres inorganisés ce qu'on appelle le calorique, dans les êtres organiques ce qu'on appelle la vie ; car la vie est une, et l'on ne sauroit la concevoir autrement. Le même principe qui réalise dans rUnivers l'unité des mondes, réalise dans chaque monde l'unité des êtres individuellement distincts que la force y développe sous riniluence

^ Ainsi, deux ordres de mouvement opposés dans leur direction, le mouvement centrifuge de la force pure, le mouvement centripète de la force soumise à l'action du principe d'union. Tous les mouvements de direction différente, indéfinis en nombre, sont, quanta cette différence, déterminés dans l'Univers par l'action du principe de forme.

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