‹ Esquisse d'une philosophie (volume 2)Chapitre 78 sur 229 · LIVRE X^— CHAPITRE Vil©. ISS · texte numérisé non relu

LIVRE X^— CHAPITRE Vil©. ISS

directe de la forme qui détermine ou spécifie chacun de ces êtres distincts. Cela est A'isible surtout en ceux dont la complexité rend plus aisément observables les phénomènes de leur évolution. Étant donné le germe ou la forme radicale , la force en opère l'expansion selon ses lois propres ou par un mouvement centrifuge ; sous Tinfluence du principe de vie, la même force essentielle imprime un mouvement centripète aux organes divers et aux parties symétriques du même organe, qui, à mesure qu'elles se forment, gravitent l'une vers l'autre pour s'unir CR^^tralement.

Ouelque chose de semblable, d'identique au fond, lieu sans doute dans les corps inorganiques ou inanimés, car les lois de la nature, expression des causes premières et nécessaires, ne varient point. Mais ces corps, n*étant qu'un simple assemblage de molécules homogènes, chacune desquelles, indépendante des autres et complette en soi, est le corps tout entier en ce qui le constitue spécifiquement, le phénomène d'union, purement moléculaire, échappe à nos sens qui ne perçoivent pas le corps dans son unité, mais seulement le même corps multiplié numériquement ou sous une certaine masse. D'où il suit que la physique, forcée de se restreindre dans les Umites de l'observation, ne s'occupe que de l'ensemble des phénomènes sensibles que le ca-

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lorique présente, des lois générales de sa communication ou de sa distribution ; et la chimie ellemême, obligée de s'arrêter aussi là oii les sens s'arrêtent, ne sauroit le saisir en soi, dans son action intime dont elle se borne à étudier un certain ordre d'effets secondaires.

Nous osons ici combattre une idée trop hâtivement admise, selon nous. En cherchant à se rendre compte des phénomènes de dilatation et de leur cause immédiate, on a cru devoir attribuer au calorique une force de répulsion, et cette hypothèse a prévalu, quoique déjà les faits aient conduit à soupçonner que (( les molécules sont soumises, au moins (( dans certains corps, à des forces répulsives indé- « pendantes de cet agent \ » Il existeroit donc nonseulement une force, mais plusieurs forces de répulsion, lesquelles, distinctes entre elles, le seroient encore des forces qui, produisant des effets opposés, ne pourroient dès-lors être conçus que comme également opposées ou d'essence contraire. Or la notion de force n'étant que la notion de l'énergie primitive, essentielle, universelle, qui se manifeste dans le monde physique par le mouvement, est une et simple ; elle ne comporte aucune distinction radicale, et encore moins aucune opposition. Donc,

* Lettre de M. Laurent à M. Arago. Comptes rendus de rAcadémie des Sciences, 6 mai 1844.

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