LIVRE Xe. — - CHAPITRE Vll«, ISS
si Ton attache au mot force ce sens un et simple, ou tout autre sens un et simple aussi, c'est en faire un emploi inexact et vicieux, que de s'en servir pour désigner des énergies de nature diverse, ou supposées telles ; si l'on y attache plusieurs sens, il devient équivoque, et dans sa vague généralité, se réduit à la pure signification de cause sans aucune détermination. Mais venons au fond.
Et d'abord, y a-t-il des forces répulsives? Ce seroit, certes, quelque chose d'étrangement mystérieux que ces formes opposées à l'affinité comme à l'attraction, et qui les combattroient sans cesse, que des forces qui tendroient directement à la séparation des éléments de tout ce qui est, à la dissolution de rUnivers. Supposez que leur action, plus puissante que les résistances qu'elle rencontre, eût atteint, libre de tout obstacle, son terme dernier, que resteroit-il ? que subsisteroit-il ? Décomposés, dissous jusque dans leurs dernières particules concevables, l'idée même de corps disparoîlroit, tout s'évanouiroit dans la nuit de l'espace vide. Et que seroient alors ces forces elles-mêmes? Sous quelle notion se les représenter? En fera-t-ou des forces premières, indépendantes dès-lors quant à leur existence? Mais ce seroit transformer un rapport qui n'existe qu'en supposant au moins deux termes, en quelque chose existant de soi dans l'unité de son
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essence. En fera-t-on une simple propriété de certains corps? Mais une propriété contingente à sa racine, sa cause dans une énergie nécessaire, dont elle n'est qu'une manifestation, ce qui ramène à la précédente hypothèse ; et, de plus, cette propriété répulsive inhérente à de certains corps, agissant d'abord dans ces corps eux-mêmes, sur leurs éléments divisibles, rendroit leur existence impossible. La question revient donc toujours. Que seroient en soi des forces répulsives? Sous quelle notion se les représenter? Plus on y pensera, plus on verra clairement qu'il faudroit, par une sorte d'infinie contradiction, les concevoir comme l'énergie propre du néant, comme Tessentielle activité de ce qui n'est pas.
Les molécules des corps soit sohdes, soit liquides, soit gazeux , doivent être maintenues à distance et à des distances variables, selon les changements qu'impliquent les conditions de leur existence au sein de la Nature. Cela est clair. Mais s'ensuit-il que ces molécules se repoussent, ou qu'elles soient repoussées par un fluide spécial répandu dans leurs interstices ? Examinons les faits.
En général les corps dont on élève la température se dilatent ou augmentent de volume; ils se contractent, au contraire, s'ils perdent du calorique. Ceci n'est cependant pas, à beaucoup près, sans