‹ Esquisse d'une philosophie (volume 2)Chapitre 87 sur 229 · LIVRE XI*. -— CHAPITRE V, i7S · texte numérisé non relu

LIVRE XI*. -— CHAPITRE V, i7S

raison inverse du quarré des distances, d'où Ton conclut qu'elle doit être infiniment petite à une distance infiniment grande, infiniment grande à une distance infiniment petite.

Mais une distance infiniment petite est une distance nulle ou le néant absolu de distance.

Supposons maintenant un corps quelconque; pour qu'il n'existât aucune distance entre ses parties, il faudroit que ses parties cessassent d'être étendues, c'est-à-dire qu'elles fussent amenées à Tunité parfaite dans laquelle Tesprit conçoit ou peut concevoir non des choses séparées, mais simplement distinctes. Or, cette unité, qu'est-ce, sinon Tessence intime, nécessaire du corps, son type idéal, éternel? Et puisque ce type, terme infini de l'attraction, implique un principe actuellement infini d'union, il est indissoluble, indivisible, et à jamais inaltérable dans le sens le plus absolu.

Mais ce type idéal, ce type un, devenant étendu sitôt qu'il est réalisé dans l'Univers, par cela même qu'il est alors limité nécessairement, il s'ensuit que, dans l'orde des réalités contingentes, toute attraction s'exerce à distance, et qu'ainsi nulle part il n'existe de contiguïté absolue, puisque la contiguïté absolue seroit l'unité absolue. Ce qui oblige, d'une part, à concevoir la nécessité du vide, et de l'autre, à le concevoir comme une conséquence de la limite,

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et dès-lors sous une notion négative comme elle ; en d'autres termes, le vide, c'est la limite même ou la condition de toute détermination dans l'espace, la condition de l'étendue actuelle, ce que celle-ci renferme de négatif. Le 'plein, comme on le nomme, l'implique nécessairement: point de réalité physique qui ne fût contradictoire sans lui. Ce qui a conduit à le nier, c'est que le plein, qui seul correspond au positif des êtres, est seul saisissable par la conception, tandis que le vide, comme la limite avec laquelle il est identique, ne peut être saisi en soi par l'esprit.

Ces considérations^ qu'on pourroit croire n'intéresser que la philosophie pure, se lient étroitement à la science des corps. Nul moyen de se rendre compte de leur formation, de leur constitution intime, des changements qui s'opèrent en eux, des actions et des réactions qu'ils exercent les uns sur les autres, si l'on ne pose d'abord, explicitement ou imphcitement, comme base d'exphcation. une solution quelconque de ces questions premières. Elles se représentent incessamment sitôt que, sortant de la simple observation des faits, on cherche à les concevoir, à en concevoir les causes et les lois. Nous aurons donc plus d'une occasion de rappeler les principes qui viennent d'être établis, et de les éclaircir en les montrant sous de nouveaux aspects, à

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