LIVRE X*^. — CHAPITKE 1er. |î
immédiatement sa conservation et son développement.
Mais, comme les sciences physiques, chimiques, physiologiques, mutilées, caduques, incertaines dans leur base, ne se composeroient que de faits séparés de leurs causes essentielles, si les sciences métaphysiques ne leur fournissoient les notions de ces causes dont la connoissance les complette ; ainsi les sciences métaphysiques manqueroient de critérium, de moyen de vérification, si les siences physiques, chimiques, physiologiques ne venoient à leur tour completter la certitude des théories de la pensée pure, parla certitude propre des faits qui doivent y correspondre dans Tordre phénoménal.
Aucun des deux ordres généraux de la Science ne sauroit donc subsister seul; leur union est indispensable pour qu'ils aient Fun et l'autre un fondement solide ; elle l'est, parce que chacun d'eux est un élément nécessaire non seulement des conceptions de l'esprit, mais encore de la règle pratique des actes : car, pour la créature, nulle vie, nulle existence possible que par l'union intime des lois du contingent et du nécessaire, du relatif et de l'absolu, du fini et de l'infini, c'est-à-dire, qu'en vertu des lois de l'infini, de l'absolu, du nécessaire, modifiées en chaque être par les conditions générales du fini, du relatif, du contingent, et par les condi-
20 II* PARTIE. — DE l'homme. .
lions particulières que détermine sa nature propre. Ainsi les lois abstraites de l'étendue qui constituent la science géométrique, et, sous ce rapport, sont les lois des corps, rigoureuses pour l'esprit qui se représente des points sans dimensions, des lignes sans largeur et sans profondeur, des surfaces engendrées par le mouvement de ces lignes, etc., perdent cette rigueur absolue, sitôt qu'on les transporte dans les réalités du monde phénoménal, ou qu'on les applique à rétendue même effective, parce qu'elles tombent alors sous les conditions du fini, qui tout ensemble implique l'absolu, sans lequel, pure contradiction, il n'auroit aucune raison d'être, et Fexclut de soi, par l'idée négative de limitation qui le spécifie essentiellement \
' Quoique l'idée du fini ou du relatif, du contingent, implique l'idée de l'absolu, elle n'implique aucunement deux choses contradictoires, car le même être nVst pas à la fois absolu et relatif, limité et illimité , fini et infini, ce qui seroit absurde ; mais ce qu'il a d'être , il l'emprunte à l'Etre infini , absolu , participable, comme tout ce qui est un, sans être divisible, et participable à divers déférés, qui ne sont que des degrés divers de limitation. En d'autres termes, pour concevoir l'être en un sujet quelconque, il n'est pas nécessaire d'y concevoir tout l'Etre, mais il est nécessaire de le concevoir, en dehors de ce sujet, selon tout ce que renferme sa notion essentielle et complette. Et (juaut à l'idée de limitation, se résolvant, au sein de l'Etre infini, dans celle de distinction, elle n'y implique non plus aucune sorte de contradiction; car l'unité et la distinction, loin de s'exclure, se supposent, au contraire, puisque l'unité ne peut être conçue comme .substantielle ou existante, qu'on ne la conçoive douée de certaines propriétés sans lesciuelles son existence seroit impossible.