‹ Esquisse d'une philosophie (volume 2)Chapitre 92 sur 229 · LIVRE Xïe. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE Xïe. — CHAPITRE IV

a démontré qu'il n'existe « aucune limite perceptible (c à la di\isibilité^ »

« Cependant, a-t-on dit, il ne serôit pas rigou- (( reux d'étendre cette conséquence à tous les corps « qui existent : par cela seul qu'il a fallu l'expé- « rience pour résoudre la question, la question n'est i( résolue rigoureusement que pour les corps sur (( lesquels on a expérimenté. Ainsi il n'est pas im- « possible que les volcans fassent sortir un jour des « entrailles de la terre quelques substances dont les « atomes soient pour nous d'une grandeur percepc( tible, et peut-être de telles substances se trouvent « fort communément dans la masse des autres « planètes^. »

Nous doutons beaucoup qu'il existe dans la masse des autres planètes, ou dans le sein de la nôtre, des atomes à la fois étendus et indivisibles, c'est-à-dire, étendus et privés de ce par quoi l'étendue se définit radicalement.

Faute de s'être fait une notion exacte des premiers principes des êtres et particulièrement delà matière, les physiciens sont donc obligés d'asseoir une partie de la science, sa partie théorique ou philosophique, sur des suppositions contradictoires, savoir, l'existence d'atomes simples, indivisibles, et néanmoins

• Pouillet, tom. I, p. 18, 2« édit.

« Ibid.

étendus; sur l'indivisibiliié hypothétique des éléments primitifs des corps, et sur leur divisibilité prouvée de fait par Texpérience, en môme temps que l'esprit la conçoit comme nécessaire.

Dans les idées qui sont les nôtres, ces contradictions disparoissent. Selon nous, la substance et ses propriétés sont essentiellement simples, et indivisibles dès-lors; mais sitôt qu'elles s'unissent, dans un être réel, à la limite qui le circonscrit, elles subissent, sous ce mode d'existence, la condition delà limite essentiellement divisible. Tout corps, dans ce qu'il a de positif, est donc simple et indivisible : multiple ou divisible dans ce qu'il a de négatif. Il existe donc de vrais atomes, mais saisissables seulement par la pensée, comme la substance et les propriétés qui y sont inhérentes; insaisissables aux sens qui ne perçoivent rien que dans ses rapports avec l'étendue. L'atome, en un mot, est le type immuable, inaltérable du corps, ou le corps même essentiel, participable, non divisible, comme tout ce qui est un, et, dans le mor^de physique, indéfiniment multiplié au moyen de la limite, qui a pour expression unique et propre le nombre.

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