LIVRE VIIIe. — CHAPITRE III
d'affranchissement successif, la nature, dégagée des liens que l'art lui imposoit , reprenne , avec sa liberté, son caractère natif et propre. Passant ainsi, par d'insensibles nuances, d'une impression à une autre impression, de manière qu'elles s'unissent en un sentiment indivisible, on perçoit le Beau simultanément sous ses deux formes les plus générales, celle qu'il revêt dans la Nature, et celle qu'il revôt en nous-mêmes, laquelle, exprimant ses relations avec notre intelligence, représente les phases de son développement.
Mais le Beau étant essentiellement un, il existe des rapports intimes, de secrètes harmonies entre ses manifestations dans la Nature et ses manifestations dans les œuvres de l'homme. La lumière grise et terne ou brillante et dorée , le ciel habituellement serein ou orageux, l'aspect riant ou âpre du sol, les formes des plantes , leurs couleurs , toutes ces choses et mille autres encore réagissent sur l'art , contrastent ou s'harmonisent avec ses monuments, en accroissent l'effet ou Paltèrent. Transportez le Parthenon dans une contrée brumeuse et froide, il y sera étranger, il ressemblera au grec lui-même exilé de sa patrie, et regrettant, sur les bords de quelque Oeuve glacé, le soleil de TAttique et ses douces brises, et ses gracieuses collines, et ses horizons enchantés. Chaque édifice a son site pro-
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pre d'où dépend sa beauté pittoresque. Le château féodal se dresse , comme le spectre de la guerre , sur un roc isolé et nu. Le monastère recherche le silence et l'ombre des bois, le calme des eaux tranquilles. L'église champêtre s'élève sur la pente du coteau, au-dessus des cabanes du pauvre, pour le bénir et le protéger. Partout vous trouverez de semblables harmonies , et partout elles ajoutent au charme de l'art un autre charme non moins ravissant. Elles associent la pensée de l'homme à la pensée de Dieu, et sa vie passagère à la vie perpétuelle de la Création ; elles opèrent la mystique union de sa nature à la Nature universelle, de ses œuvres et de l'œuvre divin, dont il aspire, par un puissant instinct qui révèle sa grandeur, à reproduire le type éternel.