‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 99 sur 247 · LIVRE VIIIe. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE VIIIe. — CHAPITRE III

soi la nation esclave. Quand il eut dit : Y Etat c'est moi, il fallut lui bâtir une demeure proportionnée à cette monstrueuse prétention. Alors , ramené presque au métier, Tart sans inspiration s'enfla, pour ainsi parler, au lieu de s'agrandir ; il construisit, sous le nom de palais, une maison gigantesque, transformée depuis en bazar par un ignoble et cauteleux despotisme de boutique.

On le voit, dans cbacune de ses branches , l'Art , comme nous l'avons établi d'abord, n'est que la forme extérieure des idées , l'expression du dogme religieux et du principe social dominant à certaines époques. Imiter l'art ancien , le reproduire est donc un précepte absurde et faux; parce qu'il exigeroit que l'artiste fût pénétré de la conception antique, qu'il y crût ; parce que cette conception ne représenteroit point l'état actuel de l'intelligence et de la société. Aussi, quelque habile qu'elle fût, l'imitation ne put-elle jamais imprimer à ses productions le caractère de vie inséparable de cette spontanéité qui réalise immédiatement un modèle interne. De là vient que l'Art, reflet et symbole des croyances des peuples, de ce qui les constitue intellectuellement ce qu'ils sont , parcourt des cycles successifs , offre des périodes de croissance et de dépérissement. Il se perd quand l'artiste, entraîné par le

mouvement contemporain, n'a plus foi à la contome m. 13

ception à laquelle se rattachent ses œuvres, ou quand ses œuvres ne se rattachent à aucune conception. C'est ce qu'on a vu dans la Grèce, à Rome; c'est ce que nous voyons de nos jours, avec cette différence que maintenant l'art , après avoir suhi Tinfluence d'un matérialisme grossier et d'un scepticisme presque universel , tend à sortir de cet abaissement, exprime à sa manière l'inquiète recherche d'un type du Beau correspondant à l'idée inconnue, au dogme pressenti , mais obscur et confus encore , que l'humanité en souffrance appelle ardemment. Si l'art n'est point l'imitation de l'art ou de ses créations accomplies déjà , il n'est pas davantage l'imitation de la Nature, en ce sens qu'il s'efforce de reproduire, non les apparences phénoménales, mais leur archétype idéal , tel qu'il subsiste en Dieu, immuable, éternel comme lui. Pour que les grands monuments de l'art s'harmonisent avec la nature , il faut que l'art même modifie celle-ci. Les jardins que Lenôtre a portés à un si haut point de perfection , en offrent un remarquable exemple. Qu'est-ce que l'artiste s'y est proposé? De fondre par degrés l'œuvre de l'art dans l'œuvre de la nature. Et pour y parvenir, qu'a-t-il fait? Il s'est emparé de la nature elle-même , de la nature vivante ; il en a lié les lignes et les plans aux plans et aux lignes architecturales, jusqu'à ce que, par une sorte

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