LIVRE VIIIe. — CHAPITRE IV. 1£Ô
que nous l'avons expliqué. Le modèle interne que l'artiste s'efforce de réaliser, ne l'est qu'imparfaitement encore. Son œuvre est incomplet, il ne satisfait qu'en partie le besoin qu'il éprouve de reproduire l'exemplaire idéal, la ravissante image que sans cesse il contemple , que ses désirs haletants embrassent avec amour comme une apparition divine. Une simple moulure terminoit en s'élargissant la colonne; elle enroule maintenant ses volutes, s'épanouit en feuillage. Des plantes variées tressent leurs guirlandes sur les frises des entablements. De la pierre animée sortent ça et là des animaux inachevés encore. Les murs se couvrent de bas-reliefs où ces êtres divers viennent se grouper autour de l'homme, se lier, se mêler aux scènes de sa vie. Les formes se prononcent toujours davantage, elles s'agrandissent, deviennent plus saillantes, jusqu'à ce qu'ayant, pour ainsi dire, accompli leur croissance, elles se détachent enfin du milieu où elles étoient comme enveloppées. Sous ce rapport, la statue, et spécialement celle qui reproduit la forme humaine, est le terme de l'art, elle en complète le développement, comme le développement de la Nature, sur le globe que nous habitons, a pour terme la production de l'homme, le plus parfait, des êtres créés. Aussi toute la sculpture aboutit-elle à la statuaire, pt c'est par elle principalement qu'elle se caractérisa
£00 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.
chez les peuples où la culture sérieuse de l'art permet de l'étudier dans ses phases successives et ses variétés.
Bien qu'elle ait sa racine dans l'architecture, elle se distingue d'elle par une différence qu'il importe de remarquer d'abord. Simple combinaison de lignes et de plans, l'architecture est toute extérieure, elle n'attire au-dessous des surfaces ni l'œil ni la pensée, semblable en cela au monde inorganique, dont elle est l'expression directe. La sculpture, au contraire, qui manifeste les êtres organisés, et correspond au monde de la vie, ne se renferme pas dans la forme extérieure, l'enveloppe superficielle ; il faut qu'au-dessous on sente, on devine ce qu'elle recouvre, les parties profondes de l'organisation, il faut que la poitrine respire, que le sang circule, que les muscles palpitent sous la surface du marbre ; que quelque chose de plus intime encore, selon la nature des êtres qu'elle offre à nos regards, se révèle et révèle en même temps le type idéal que l'art a pour but de réaliser.
Que son caractère et ses progrès dépendent surtout de la conception de ce type, c'est ce que montre clairement l'histoire de la sculpture. On peut attribuer quelque influence sur ses développements primitifs aux matériaux qu'elle employa, le bois, l'argile, la pierre, les métaux; mais cette influence ne