‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 106 sur 247 · LIVRE VIIIe. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE VIIIe. — CHAPITRE IV

culier au génie hellénique; puis ce qui les distinguent l'un de l'autre, et enfin ce qu'ils devinrent après leur union.

Deux choses, sous le point de vue de l'art, caractérisoient la race grecque, une perception exquise de la beauté de la forme , et un profond sentiment de la vie. Sa religion , dans les premiers âges , appartenoit à ces antiques religions de la Nature, qui apparoissent vaguement à toutes les origines. On en découvre de clairs vestiges dans les fragments venus jusqu'à nous des poëmes orphiques , empreints aussi de certaines idées d'un mysticisme oriental. Mais celles-ci, opposées au génie de ce peuple actif, enthousiaste de l'indépendance, dominé par les vives impressions des sens , s'effacèrent peu à peu, se desséchèrent, en quelque sorte , comme des plantes transportées de leur climat natal dans un sol étranger et sous un autre soleil. Au lieu de remonter, à travers le monde phénoménal , jusqu'à la conception abstraite des forces fatales qui le régissent, et, au-delà encore, à la cause une et absolue dont elles émanent , et de se fixer immuablement dans cette contemplation, les Grecs, épris de ce qui frappe le regard , suivirent l'évolution des phénomènes, la génération des formes extérieures jusqu'au dernier terme de cette magnifique série ; et ce dernier terme, l'homme

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en un mot, leur offrant le modèle le plus accompli de la beauté sensible et la plus haute puissance de vie , ils incarnèrent en lui l'impérissable idée du souverain Etre, unissant ainsi dans ce symbole vivant le fini et l'infini, Dieu, de qui sort la Création , et la Création que , dans la sphère accessible à notre expérience, l'homme' résume et couronne. Cependant, comme nous l'avons dit, le mélange des premiers habitants de la Grèce avec les colonies égyptiennes, modifia, sans le détruire, le génie hellénique. Les procédés de l'art et ses types, apportés de la vieille terre des Pharaons, avec ses dogmes, ses rites, la science et la philosophie de ses corporations sacerdotales, se perpétuèrent dans la société nouvelle. Le statuaire conserva sa majesté calme, mais aussi sa froide immobilité. Seulement la forme se perfectionna. Sous le ciseau des Grecs, elle perdit sa roideur, elle acquit de la souplesse et de l'harmonie, elle devint plus vivante. C'étoient encore les Dieux de l'Egypte, mais ces Dieux se faisoient hommes. La beauté essentielle se fondoit dans la beauté humaine, s'y incorporoit , et en revêtant son caractère lui imprimoit le sien. Exempt d'influence étrangère, l'art dorien, au contraire, tel que nous l'offrent dans sa pureté les marbres d'Egine , exprime le mouvement , l'activité , le combat et les exercices qui le rappellent et qui y

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