‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 107 sur 247 · LIVRE VIIIe. -, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE VIIIe. -, CHAPITRE IV

préparent. L'idée divine n'y apparoit que sous des emblèmes consacrés et traditionnels, pour satisfaire en quelque sorte à des convenances en dehors de l'art. Admirable par l'étude de la forme humaine, par la variété des attitudes, la hardiesse des poses,' l'énergie, la vie, cette sculpture, ardente de passion, est loin de s'élever à la grandeur idéale des types conçus sous l'influence directe du sentiment de l'infini. Elle a même le défaut voisin des qualités qui la distinguent. Pleine de mouvement et de force, elle est tout nerf, tout muscle, mais un peu maigre et grêle , anguleuse, tendue : d'où quelque sécheresse dans la forme.

Telles furent les deux écoles qui se partagèrent originairement le domaine de l'art chez les Grecs, et comme elles avoient un centre commun dans le génie propre de ce peuple, elles purent se rapprocher et s'unir, en se communiquant ce qui caractérisoit chacune d'elles. Cette fusion s'opéra vers l'époque où Phidias orna le Parthenon de ses œuvres immortelles. La sculpture antique atteignit alors son plus haut point de perfection. Elle manifesta tout ensemble la beauté idéale et la beauté Physique, l'imposante majesté, l'élégance exquise, la noblesse et le mouvement passionné. Sous la forme humaine, ravissante de grandeur, de grâce, d'harmonie, on découvrit le Dieu, et le Dieu ce

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210 IIe PARTIE.— DE L'HOMME.

fut l'homme encore, non l'homme imparfait que nous voyons , dans cette infime région des ombres , passer sous nos yeux en fuyant, mais l'homme dépouillé des conditions de sa mortalité , l'homme qu'au-dessus des temps la pensée contemple dans son exemplaire éternel. De là cette vie intarissable qui coule à flots dans le marbre et le bronze. De là ces souffrances dont on ne pourroit supporter le spectacle réel, et qui, devenues celles du Laocoon ou du Cimbre mourant, au lieu de repousser vous attirent par un charme indéfinissable. De là enfin la nudité chaste, ces formes parfaites qui, sans autre voile que leur beauté pudique elle-même, n'excitent aucune émotion sensuelle, ne laissent s'exhaler d'elles aucune vapeur qui trouble et enivre, qui ternisse la pureté du regard. C'est que la chair n'est que l'enveloppe transparente de l'esprit; c'est qu'à la vue de ces merveilles de l'art, la pensée, déployant ses ailes, quitte la terre et s'envole, transportée d'un céleste amour, vers le modèle idéal que reflète la corporelle image ; et se fixe en lui uniquement.

Parvenu à ce degré d'élévation, l'art eut son déclin. L'élément spirituel s'affoiblit ; on tomba dans le culte exclusif de la forme; et comme sa puissance réside dans l'expression de ce qui n'est pas elle, de ce qui par sa nature est au-dessus des

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