‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 108 sur 247 · LIVRE VIIF3. *** CHAPITRE IV. 21 i · texte numérisé non relu

LIVRE VIIF3. *** CHAPITRE IV. 21 i

sens, réduite à elle-même on sentit que, pour apaiser l'instinctive , l'immortelle aspiration au Beau infini , quelque chose lui manquoit : et lui demandant ce qu'elle ne peut donner , on l'attéra progressivement , on la dégrada en croyant la perfectionner. La simplicité , la sobriété , parurent , sinon de la rudesse , au moins la négligence d'une incomplète exécution. Le goût mâle et sévère de l'âge précédent, ût place à un goût recherché, maniéré- la grâce dégénéra en molesse et en afféterie. L'habitude familiarisant avec ces types abâtardis, ils devinrent celui de la beauté. On les exagéra, on les tourmenta toujours plus; et, pour avoir voulu borner l'art à la reproduction de la forme , on perdit peu à peu le sentiment de la forme même. Les chefs-d'œuvre anciens qu'on avoit sous les yeux, une certaine tradition qui retenoit encore, retardèrent quelque temps la décadence. Mais, quand le principe moral menaça de s'éteindre entièrement à Rome, où la sculpture s'étoit réfugiée après la conquête de la Grèce; quand les doctrines sensuelles d'une philosophie séparée de Dieu et concentrée dans la matière, pénétrant toute la société, y créèrent des mœurs monstrueuses, l'art, frappé à mort, pencha rapidement vers sa fin. Epuisé , abruti par la corruption, il n'enfanta désormais que d'informes ébau-

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ches, des êtres avortés, des moles hideux. On suit de l'œil les progrès de la maladie qui le travailloit. II conserve un reste de vie dans Tare de Septime- Sévère; il expire dans celui de Constantin. Là commence l'ère de la barbarie. Il faut , à travers des siècles d'une stérélité absolue, arriver jusqu'au moyen-âge pour voir apparoître , sous l'influence d'une conception nouvelle du Vrai et d'un nouveau sentiment du Beau, les premiers germes de sa tardive régénération.

Il avoit cessé d'être en se matérialisant, l'esprit le renouvela : car tout sort de l'esprit, tout vit de l'esprit; il est la vraie réalité, l'élément positif des choses, et les corps ne sont que ce qu'est l'écriture à la pensée; ils manifestent, ils expriment l'idée réalisée en eux sous les conditions de l'étendue, et en qui seule réside la vertu plastique. Ce que nous avons dit à cet égard des êtres en eux-mêmes et de leur génération dans l'univers, s'applique également à leur reproduction par l'homme dans la sphère de l'Art; et l'Art procède comme la Nature, est assujetti aux mêmes lois.

Pour comprendre le caractère particulier de l'art chrétien, ce qui le distingue de l'art tel qu'il se développa sous l'influence des religions antérieures, il est avant tout nécessaire de considérer, dans leur rapport avec le sujet qui nous occupe, les doctrines

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