‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 110 sur 247 · LIVRE VIIIe. — CHAPITRE IV. 2IS · texte numérisé non relu

LIVRE VIIIe. — CHAPITRE IV. 2IS

à Fart une direction opposée à celle qu'il reçut chez les Grecs. Tout rappeloit ceux-ci à l'étude et à la reproduction de la forme corporelle; elle étoit le fond, la substance de Fart.

Les croyances des chrétiens portent plutôt à la négliger, à la dédaigner : et, sous ce rapport particulier, Fart émané du christianisme, quoique supérieur à d'autres égards , a certainement en soi une cause permanente d'infériorité. Il y auroit lieu de tirer de là des conséquences philosophiques d'une haute importance, mais qui ne sont pas maintenant de notre sujet.

Dans Fappréciation des œuvres de Fart, on doit soigneusement distinguer ce qui tient à Fart même, au principe virtuel de son développement, à sa tendance caractéristique, de ce qui dépend du génie de Fartiste, de son habileté personnelle ou de son inexpérience. Lorsque la sculpture renaquit après Fentière dissolution du paganisme et de Fempire, s'il restoit encore des modèles, Fidée à laquelle ils se rattachoient ayant fait place à une idée nouvelle, on ne les comprenoit , on ne les sentoit plus. La réprobation dont le christianisme avoit frappé les croyances antiques s'étendoit jusqu'à eux , et en voiloit la beauté même aux yeux d'hommes nourris dans la rudesse d'une vie de travail ou de combat, inaccessibles aux impressions délicates qui suppo-

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sent un esprit et des sens exercés. La tradition de l'art, ses règles, ses procédés techniques s'étoient presque entièrement perdus dans le naufrage de la vieille civilisation. Tout étoit à recréer, et Ton ne doit pas s'étonner dès-lors de l'imperfection des premiers essais. Le même fait s'est reproduit chez tous les peuples, et à cet égard les Grecs ne font point exception. Mais le caractère distinctif de l'art grec et de l'art chrétien se manifeste dans un autre fait, dès l'origine de l'un et de l'autre. Exclusivement préoccupé de la forme sensible, l'art dorien rechercha la beauté du corps et négligea la tête, qui, à cette époque ancienne , offroit symboliquement sans doute, sous des traits humains, le type hideux de l'animal. Au contraire, l'art chrétien, préoccupé de l'idée pure, négligea le corps et s'absorba dans le soin exclusif de la tête où réside l'expression de Thomme intelligent. Dans la tête elle-même il subordonna complètement la beauté physique à la beauté morale; celle-là pour lui n'est qu'un moyen, et jamais un but; et alors même que l'artiste en a le sentiment le plus vif , on voit qu'il s'arrête, pour qu'une certaine perfection de forme extérieure ne détourne' pas la pensée du beau idéal , du modèle divin sur lequel il voudroit fixer uniquement sa contemplation.

Une autre cause encore s'opposoit à l'étude des

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