‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 111 sur 247 · LIVRE VIIIe. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE VIIIe. — CHAPITRE IV

formes du corps et au développement de cette partie de Fart, quand il renaquit avec une nouvelle civilisation. Le nu répugnoit aux mœurs chrétiennes. Ce qui prouve néanmoins que cette cause ne fut que secondaire, c'est qu'elle n'entraînoit pas nécessairement l'incorrection et la roideur, l'absence de vie, de grâce et de mouvement qu'on remarque dans les statues du moyen-âge, et dans les draperies même inflexibles, étroites , pendantes lourdement , et dont les plis sans variété ressemblent aux cannelures d'une colonne.

Les têtes, quant à l'expression, peuvent être rapportées à deux types généraux correspondants aux deux états radicalement contraires où, d'après la doctrine du christianisme, l'homme peut subsister, selon qu'il se trouve actuellement sous l'empire du péché, ou sous l'influence victorieuse de la grâce. L'idéal du premier de ces types est Satan, l'idéal du second est le Christ. De là deux divisions, deux branches distinctes de l'art qui contrastent entre elles comme le bien et le mal dans la Création. Parlons d'abord de celle qui se rattache immédiatement au Christ.

En se faisant homme afin de régénérer l'humanité, le Verbe divin voulut, selon la foi chrétienne, s'assujettir, quoique exempt de péché, aux suites du péché, aux misères, aux souffrances, lamentable

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apanage de cette vie terrestre, et enfin à la mort dépouillée par lui, non de son caractère pénal, mais de la puissance absolue qui auparavant lui soumettoit 1 homme, et le lui soumettoit à jamais. Tout ce que la nature humaine , dans sa primitive innocence, peut éprouver d'émotions pures, élevées, de joies saintes, de douleurs, le Christ Ta ressenti, sans que ces douleurs et ces joies altérassent la majesté calme et l'ineffable grandeur de l'Homme-Dieu . S'il souffroit, e'étoit pour autrui, e'étoit volontairement pour le salut de ses frères , d'où, sur son front illuminé de la splendeur du Verbe, dans son regard profond, sur ses lèvres mêmes sévères comme la vérité, une expression inénarrable de divine pitié et d'amour surhumain. Mais ce sacrifice accompli, les voiles s'effacent, l'enveloppe mortelle se transfigure, et du Christ glorifié rayonnent de toutes parts le Beau infini et la suprême béatitude.

Tel est, pour l'art chrétien, le type idéal dont le caractère doit se retrouver , indépendamment de la forme matérielle, en tout homme uni spirituellement au Christ, par la disposition dominante de sa volonté. Mais ce type varie indéfiniment selon la mesure de grâce départie à chacun, et en outre il est modifié par la condition même de la créature déchue. Car toute créature a péché , et dès-lors porte en soi quelque empreinte du péché ; de sorte

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