LIVRE VIIIe.— CHAPITRE IV
que dans le plus juste on démêle des traces de l'originaire dégradation. La tristesse du repentir , la crainte de retomber , l'effort du combat , l'ardente aspiration au terme de cette lutte décisive, et tout ensemble la paix, la confiance, le désir, l'espoir, le pieux abandon et la céleste quiétude, forment en se mélangeant des nuances innombrables , depuis le premier mouvement par lequel le pécheur renait à la vie spirituelle, jusqu'à l'extase où le Saint, enivré de la lumière de Dieu , oublie la terre , s'oublie lui-même, absorbé, perdu dans la jouissance anticipée des joies éternelles. Or ces états divers, qu'estce, sinon des degrés de l'union réelle et mystique qui lie les membres au Chef, les fidèles au Christ, une échelle ascendante qui se termine à la transfiguration ; et, quant à leur expression saisissable par l'art , des modifications du type même du Christ. Ainsi le caractère de l'œuvre, sa beauté idéale, dépend primitivement de la conception du Christ, du modèle interne que l'artiste contemple en soi : et voilà pourquoi durant les siècles où il existoit un modèle commun correspondant à une conception uniforme de ce même Christ , on remarque dans toutes les têtes une expression fondamentale analogue à ce type. Quelque chose de semblable peut être, au reste, observé chez les Grecs mêmes. Chaque divinité avoit son type propre traditionnelle-
220 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.
ment conservé, et de ces types différents émanoient différentes séries de formes dérivées où il nous est encore possible de le reconnoître.
De même que la grâce élève l'homme à Dieu auquel il s'unit par le Christ, la concupiscence lui imprime une direction contraire, le rapproche de Satan, l'unit à Satan, type du mal, de la souffrance extrême et de l'extrême dégradation. Or, la concupiscence ou l'amour désordonné de soi, a deux branches relatives à la double nature de lhomme ; elle est orgueil et volupté. De l'orgueil naissent les passions de l'esprit ; de la volupté les passions sensuelles : et les unes et les autres n'étant, dans leurs divers degrés et leurs combinaisons diverses, que des individualisations du mal, elles ne sont non plus , quant à leur manifestation extérieure, que des modifications du type absolu du mal, du type de Satan. Comme, à partir du premier moment où la grâce prédomine, on arrive, par une série de nuances successives, à un dernier terme qui est le Saint, pleinement uni au Christ, et par le Christ à Dieu ou au Bien infini ; à partir du péché que transmet la génération, on arrive par une série analogue de nuances à un dernier terme qui est le Damné, pleinement uni à Satan, le chef de ceux qui n'ont point de chef, et par lui au mal essentiel, éternel, infini dès-lors.
Le sentiment profond d'une des conséquences né-