‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 113 sur 247 · LIVRE VIIIe. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE VIIIe. — CHAPITRE IV

ccssaires du mal , qui est d'abaisser la créature mauvaise, de la ravaler au niveau des êtres inférieurs, a induit l'art chrétien à le représenter sous les formes hideuses d'animaux réels ou fantastiques. Ces bizarres créations si multipliées dans les monuments religieux du moyen-âge, ne sont que des images symboliques de Satan, dont toutefois le type idéal, loin d'exclure la beauté matérielle de la forme, l'implique au contraire, ainsi que nous l'avons expliqué ailleurs; et ce que ce type a de plus effrayant résulte du contraste heurté de la beauté physique et de la déchéance morale. Mais, entre deux conceptions également vraies à des points de vue différents, l'art dut choisir, dans les premiers temps, celle que le peuple pouvoit le mieux saisir, et d'où sortoit pour lui l'instruction la plus salutaire.

Au type du damné appartiennent l'orgueil, la colère, l'envie, l'ironie amère et méchante, la stupidité brutale, et toujours la haine avec un fonds de souffrance incurable. Le type du saint se caractérise par je ne sais quoi d'humble et de sublime dans sa suavité ravissante, un amour ardent et calme à la fois, par l'expression indéfinissable de l'harmonie des puissances internes et le repos de la béatitude. Le damné vous attire vers des abimes cachés, ténébreux, dont le pressentiment fait tressaillir d'une terreur secrète. Avec le saint vous vous élevez en de

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pures régions , où l'homme uni à Dieu se dilate à jamais au sein d'une félicité mystérieuse, immense.

Tels sont les types constamment reproduits, pendant les âges de foi, par la sculpture chrétienne; et, parmi les types secondaires dérivés du type idéal du Christ, il en est un qui lui appartient d'une manière exclusive.

Pour les peuples orientaux, la femme n'étoit qu'une manifestation particulière du principe passif de la génération dans Funivers, et quoique le mythe isiaque exprimât la même idée cosmogonique, il indique néanmoins un sentiment plus développé de la personnalité humaine. Si la déesse égyptienne représente la terre animée de ses forces fécondes, il représente aussi la femme réelle, l'épouse, la mère. Avec elle apparoit Orus, symbole général du terme de l'action génératrice dans la Création, et en même temps vrai fils d'Osiris et d'Isis , type divin de l'enfant qui complète la famille. Aux doctrines de l'Orient et de l'Egypte correspondoit originairement chez les Grecs la Vénus céleste, mère d'Eros, emblèmes l'un et l'autre des énergies essentielles qui concourent à la production de la vie. Lorsqu'ensuite l'homme, se dégageant de la Nature au sem de laquelle il avoit été jusque-là comme absorbé, se sentit distinct d'elle, cette Vénus et cet Amour primitifs revêtirent peu à peu un caractère exclusive-

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