LIVRE VIIIe. — CHAPITRE IV
ment humain. Ce furent la femme, la mère, l'enfant, selon leur modèle idéal. Puis, les mœurs se relâchant, la femme perdit sa pureté première, elle devint la Vénus de Gnide et de Paphos, symbole de la volupté sensuelle, de la charnelle beauté qui enfante la convoitise aveugle, Cupido.
En recherchant les types divers que présente l'art avant le christianisme, on trouve chez les anciens le type de la femme, sous ses différentes modifications d'épouse, de mère et de jeune fille ; mais celui de la Vierge-mère, né du dogme chrétien, leur est totalement étranger. Sainte comme le Christ qui a pris en elle notre nature afin de la régénérer, elle est la femme selon l'esprit, comme la Vénus antique étoit la femme selon la chair. Ainsi dans la Vierge tout détache de cette pensée delà chair. Telle qu'une fleur aérienne, elle flotte au milieu d'une limpide lumière qui semble en la révélant la voiler encore. Un parfum exquis d'innocence s'exhale d'elle et l'enveloppe comme un vêtement. Sur son front serein et où cependant apparoît déjà le germe d'une douleur immense pressentie et pleinement acceptée, sur ses lèvres qui sourient à l'enfant divin, dans son regard virginal et maternel, dans la pureté de ses traits pleins d'une grâce céleste , on reconnoît tout ensemble et la simple naïveté de la fille des hommes } et l'auguste grandeur et l'ineffable
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sainteté de celle en qui le Verbe éternel s'est incarné pour le salut du monde. Voilà la femme selon le christianisme, la seconde Eve réparatrice de l'humanité ruinée par la première; et lorsqu'après une vie cachée , on la revoit au pied de la croix sur laquelle se consomme le volontaire sacrifice de son fils, lorsqu'elle est là défaillante sous le poids de ses inénarrables angoisses, et toutefois recevant de la main du Père le calice d'amertume et répuisant jusqu'à la lie , sans proférer une plainte : quelle distance de la mère du Christ à l'antique Niobé !
On conçoit aisément rinfluence que durent exercer sur l'art ces types si nouveaux. Il en est un encore que nous ne devons pas oublier. Partout et toujours l'homme a cru à la persistance de son être , partout et toujours il a eu l'instincît irrésistible d'une autre vie après cette vie si laborieuse et si fugitive; et c'est pourquoi partout aussi, recueillies, conservées avec un pieux respect, ses dépouilles périssables ont été pour les peuples un objet sacré : d'où la religion des sépultures.
La préoccupation dominante de l'existence future, unie à une doctrine éminemment spirituelle et à la croyance en la résurrection des corps, dut à la fois inspirer aux chrétiens une révérence particulière pour les derniers restes de l'homme, et empreindre leurs tombeaux comme leurs funérailles d'un ca-