‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 12 sur 247 · CHAPITRE; III · texte numérisé non relu

CHAPITRE; III

PREMIER ÉTAT DE l'hOMME. SES RELATIONS AVEC LE MONDE INORGANIQUE ET ORGANIQUE.

Perpétuelle effusion de Dieu , la Création sort de lui , s'épand Lors de lui comme un océan immense, et les êtres s'y enchaînent aux êtres dans leur production snccessive sans repos et sans terme, comme les flots naissent des flots dans le mouvement commun qui les engendre tous et les pousse , en élargissant toujours plus leur cercle mobile vers des rivages qui fuient éternellement. L'homme donc, au moment marqué, dut venir occuper la place que lui assignoit sa nature dans l'évolution des choses et des temps. Lorsqu'il apparut sur la terre , tout étoit sans doute préparé pour l'y recevoir. Les conditions de sa naissance existoient , puisqu'il naquit ; les conditions de sa vie , de sa conservation , existoient, puisqu'il vécut et se conserva. Une certaine composition de l'atmosphère , une Certaine température, certaines productions végétales et animales

24 Iie PARTIE. — DE L'HOMME.

lui étoient rigoureusement indispensables pour subsister. Mais , quel que fût le milieu où il devoit se développer , il falloit encore qu'il eût la puissance de réagir sur lui, car ce milieu variable devoit souvent lui-même être modifié , pour satisfaire pleinement aux conditions de la vie de l'homme; et soumis d'ailleurs à des lois différentes des siennes , s'il étoit , d'un côté , en harmonie avec sa nature , il tendoit , d'un autre côté, à l'attirer, à l'identifier à soi , à l'absorber dans le vaste sein du monde inorganique.

Les premiers lieux qu'il habita furent nécessairement ceux où la Nature lui étoit moins hostile , où, dans sa lutte contre elle, il pouvoit obtenir une plus facile victoire, où elle se prêtoit comme d'ellemême à ses besoins. Cependant là encore il ne fut certes point dispensé de tout exercice de ses forces, de tout emploi de son activité , de tout travail enfin : car le travail c'est l'action même , c'est , dans l'universalité des êtres de tout ordre, l'exertion permanente de l'énergie interne par laquelle ils sont, le travail c'est la vie et le progrès de la vie ; et Dieu lui-même , au fond de son impénétrable unité , se réalise selon tout ce qu'il est par un travail éternel.

Si , prévenant ses désirs , satisfaisant spontanément à ses appétits , la Nature n'avoit point opposé à l'homme des obstacles qu'il dût vaincre pour se

Page 1