‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 13 sur 247 · LIVRE VIIe. — CHAPITRE III. 2S · texte numérisé non relu

LIVRE VIIe. — CHAPITRE III. 2S

conserver , il auroit à jamais langui dans une sorte de sommeil, d'existence inerte ; aucun progrès n'eût été possible , faute d'excitation. Mollement enseveli dans la sensation présente , il n'auroit aspiré à rien au-delà , il auroit vécu de la vie des mollusques , ou d'une vie plus abaissée encore : nulle recherche, nul effort, nul développement. Le développement est le fruit du travail ; c'est de lui que naît la pensée , l'industrie , l'art , la science ; c'est par lui que se manifestent les puissances virtuelles indéfiniment progressives qui , latentes au fond de notre nature , en constituent la vraie grandeur. Loin donc de nous plaindre de la nécessité du travail , des lois universelles qui font du combat un élément de l'harmonie des choses , bénissons cette nécessité par laquelle seule , dominant le monde inférieur , l'homme devient ce qu'il doit être clans le plan divin de la Création.

Fixés, selon leur espèce, comme les plantes, en certaines régions où se rencontrent les conditions extérieures qu'implique leur existence, les animaux apportent en naissant tout ce qui leur est indispensable pour se conserver , des moyens de défense suffisants contre les causes quelconques dont l'action pourroit les menacer. L'homme, au contraire, naît désarmé, nu. impuissant, et c'est pour cela qu'il peut vivre dans toutes les régions, parce que se créant

20 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.

lui-même , selon les exigences variées du climat et du sol, ses moyens de défense et de conservation, il sait et les adapter à cette variété même, et les multiplier, et les perfectionner sans cesse.

La plus grande partie de la terre seroit pour lui inhabitable, il ne pourroit y subsister, s'il n'en changeoit à son égard les conditions physiques. Il faut, même dans les zones tempérées, qu'il se garantisse et du froid et de l'humidité, ces deux ennemis redoutables de sa frêle organisation, en se faisant des vêtements, en se construisant des demeures, où il trouve un abri contre la pluie, les vents, contre l'intempérie des saisons, et en général contre les influences atmosphériques nuisibles. Presque partout les aliments que la nature lui fournit d'ellemême, rares et incertains, nesauroient suffire à ses besoins, assurer sa conservation. Encore lui sontils disputés par les animaux, en même temps que sa foiblesse l'expose à devenir la proie de plusieurs d'entre eux. Le soin de sa propre défense, la nécessité de suppléer à la nourriture végétale qui lui manque souvent, l'établissent donc en guerre avec certaines classes d'êtres animés, et son premier état est l'état de chasseur. Mais la chasse et la pêche, qui n'est qu'un genre de chasse, provoquent déjà un développement très-remarquable de ses facultés. Elles exigent des observations , des combinaisons

Page 1