LIVRE VIIIe, —, CHAPITRE V. v
le dessine sur une surface plane , de sorte que le relief résulte, pour celle-ci, d'un effet d1optique. A l'exception du coloris, le germe de ce que la peinture a de propre, mais simplement le germe , se retrouve néanmoins dans la sculpture; caria sculpture tient compte aussi du jeu de la lumière et de l'ombre; elle a aussi ses parties fuyantes, dans le bas-relief surtout. Or, du jeu de la lumière et de l'ombre dérive le clair-obscur, qui a tant ajoute à la puissance de l'art; et de la nécessité d'indiquer les plans successifs et l'interposition des milieux transparents pour marquer les rapports de distance, sont nées la perspective linéaire et la perspective aérienne.
A l'aide de ces divers moyens, la peinture, embrassant un champ plus vaste que la sculpture, peut représenter tous les objets et les relations entre ces objets, la terre et ses innombrables accidents , le ciel et ses aspects variés , en un mot la nature entière, la nature morte et animée, passionnée et intelligente. Elle continue en quelque sorte l'œuvre de la sculpture, qui, supérieure à certains égards, plus monumentale et plus grandiose par sa parenté plus prochaine avec l'architecture, est resserrée, sous d'autres rapports, en des limites beaucoup plus étroites.
L'architecture et la sculpture se lient directement
au monde extérieur, qui en forme le cadre; elles s'harmonisent avec les lieux , la lumière et l'air. La peinture, elle, ramène ces choses dans le domaine immédiat de L'art; elle crée les lieux, l'air, la lumière ; elle en dispose et les combine et les modifie à son gré, reproduisant même, avec les êtres naturels , dans ces lieux de sa création , les œuvres de l'architecture et de la sculpture. Ce dernier art a bien essayé quelques ébauches de paysage * ; mais, quelque admirable que soit ce travail dans sa sphère, reflet n'en sauroit être en aucune manière comparé à celui du paysage peint II est même à remarquer que, pour arriver en ce genre à un commencement de vérité, pour obtenir une sorte de perspective purement linéaire, la sculpture est forcée d'adoucir les reliefs , de les indiquer à peine sur les plans reculés , c'est-à-dire , de se réduire presque au simple dessin. Des reliefs plus saillants, plus rapprochés de la ronde-bosse, délruiroient toute espèce d'illusion, toute harmonie entre le fond et les objets qui s'en détachent , comme on en peut voir des exemples sur quelques tombeaux, magnifiques d'ailleurs, dans le musée du Capitole. Ainsi le vrai paysage appartient exclusivement à la peinture. Par elle donc, l'Art reçoit une immense ex-
1 Par exemple, dans les fameuses portes de Ghiberti.