‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 121 sur 247 · LIVRE VIIIe. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE VIIIe. — CHAPITRE V

tension, car la nature entière passe en quelque sorle sous ses lois.

On ne doit pas croire cependant que la peinture se borne à la représenter telle qu'elle apparoit à nos yeux, qu'elle n'en soit que l'exacte image. Si c'étoit là sa fonction propre, le daguerréotype seroifc fort au-dessus de Raphaël et du Poussin.

La peinture, comme tous les arts, a pour terme le Beau, et conséquemmcnt, comme tous les arts, elle tend à reproduire le Beau infini. Or, selon sa notion la plus générale, le Beau n'étant que la manifestation de la forme, le Beau infini n'est autre chose que la manifestation de l'Etre infini. Essentiellement un dès-lors, indivisible, immatérielle Beau infini n'a point, ne sauroit avoir d'expression sensible, et c'est pourquoi on l'appelle encore le Beau typique ou idéal. Donc la tendance de l'Art au Beau idéal, infini, correspond à la tendance universelle des êtres à l'Être infini, et en dérive primitivement. Et comme, par un mouvement perpétuel d'ascension, tous les êtres tendent vers Dieu, aspirent à s'unir, à s'identifier à Dieu, sans néanmoins y parvenir jamais, parce qu'au moment même où s'opèreroit cette union parfaite, ils cesseroient d'exister individuellement ; ainsi l'Art aspire au Beau infini, à s'unir, à s'identifiera lui, sans y parvenir jamais, parce que l'Art n'étant pas seulement la

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manifestation de la forme, mais sa manifestation sensible, et le Beau infini excluant, par son immuable essence, toute manifestation sensible, l'Art aussi cesseroit d'exister au moment môme où s'opèreroit son union parfaite avec le terme de sa tendance.

D'une autre part, chaque être, chaque forme particulière participe au Beau infini dont elle émane, le rapelle, le manifeste partiellement, et elle le manifeste d'autant plus qu'elle occupe elle-même une plus haute place dans la série des formes créées, et que, considérée dans sa réalisation extérieure ou phénoménale, elle est individuellement plus conforme à son type essentiel; car c'est par ce type un, indivisible, éternel, qu'elle se rattache au Beau infini et le reflète immédiatement. Dans la reproduction des formes matérielles, Fart doit donc tendre à reproduire, non le simple phénomène, le pur fait sensible de la forme actuellement réalisée, mais l'exemplaire immatériel ; et cet exemplaire constitue, pour chaque forme déterminée, un autre ordre, un ordre secondaire de Beau idéal, dont la splendeur doit rayonner à travers l'image corporelle, et qui aide à remonter vers le Beau absolu.

Or la Nature, au sein de laquelle s'incarnent les archétypes des êtres, leurs modèles divins, ne présente que des phénomènes, des formes corporelles, opaques enveloppes de l'invisible essence. L'art n'est

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