‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 122 sur 247 · LIVRE VIIIe.— CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE VIIIe.— CHAPITRE II

donc pas une simple imitation de la Nature ; il doit révéler, sous ce qui frappe les sens, le principe interne, Tidéale beauté que l'esprit seul perçoit et qu'éternellement Dieu contemple en soi. Cela est vrai de tout ce que la Création offre à nos regards, depuis la fleur qui penche sur les eaux, jusqu'à l'homme qui élève vers les cieux son front sublime. Il se mêle toujours quelque chose de nous aux lieux que nous voyons. L'impression physique que nos sens en reçoivent se transforme au dedans de nous-mêmes, et y suscite, pour ainsi parler, une image idéale en harmonie avec nos pensées, nos sentiments, notre être intime. Que deux artistes peignent d'après nature le même paysage, leurs œuvres, Tune et l'autre matériellement exactes, pourront différer profondément, et aucune ne reproduira uniquement la nature; elles seront empreintes d'un caractère directement émané de l'artiste. L'air, la lumière, les nuances des ombres, les teintes des objets, tout cela et mille autres choses s'éloigneront plus ou moins de la réalité, pour mieux correspondre à son type conçu par l'esprit, pour que cet ensemble s'anime et parle. Et, en effet, ce qui distingue particulièrement les grands maîtres, c'est qu'ils ont su prêter aux lieux un langage indéfinissable, qui touche, émeut, provoque la rêverie et l'attire doucement comme en des espaces infinis. Le Pous-

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sin, Salvator Rosa , Claude Lorrain, possédoient merveilleusement le secret de cette langue, comme aussi quelques peintres bollandois. Dites-moi par quelle mystérieuse magie ils nous retiennent des heures et des heures , plongés dans une vague contemplation, devant ce que la Nature a de plus ordinaire et de plus simple en apparence : une prairie avec un ruisseau et quelques vieux saules ; une vallée que traverse un torrent grossi par l'orage dont les derniers restes, où se jouent les feux du couchant, fuient et se dissipent à l'horizon; sur une grève déserte une cabane au pied d'un rocher nu, la mer au-delà, une mer agitée, et, dans le lointain, une voile qui s'incline, entre deux lames, sous l'effort du vent. Ne voit-on pas qu'ici c'est la pensée de l'artiste, sa vie interne qui se communique à vous, s'empare de vous; c'est l'art qui vous emporte sur ses ailes puissantes en des régions plus hautes que tout ce que peuvent atteindre les sens.

Chaque plante a son modèle, son idéale beauté, comme elle a sa voix dans le concert harmonieux des êtres ; et à mesure qu'ils s'élèvent, celte beauté resplendit d'un plus vif éclat, cette voix devient plus expressive. Ne discernez-vous pas, sous la forme extérieure, dans les animaux de Paul Potter, une vie interne propre à chacun d'eux, une manifestation de leur nature essentielle et typique? L'allure,

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