‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 125 sur 247 · LIVRE VIIIe. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE VIIIe. — CHAPITRE V

sous ce point de vue, ce qu'est la musique à la poésie.

La perspective n'est, nous le répétons, que l'observation des lois de l'optique dans la disposition des plans, en tenant compte de l'interposition des milieux plus ou moins opaques , plus ou moins transparents. Le clair-obscur résulte du mélange et de l'opposition de la lumière et de l'ombre, et conséquemment il se rapporte directement à la couleur. Aussi est-ce sur les sens que s'exerce son action. 11 augmente l'effet par les contrastes, Il attire le regard sur un point vivement éclairé, tandis que le reste s'enfonce dans la nuit ; ou bien il répand sur tous les objets une teinte sombre , une lueur crépusculaire où flottent des formes indécises, semblables à celles dont Byron a peuplé le monde du passé dans son drame de Caïn. Le clair-obscur fournit donc au peintre un moyen puissant pour émouvoir l'imagination, qui n'est que le travail de l'esprit pour passer soit de la sensation à ridée, soit de lidce à la sensation, et pour les unir. Il y a toujours par cela môme en elle quelque ebose de vague et d'indéfini, quelque ebosede clair et quelque ebose d' obscur j qui l'excite à pénétrer au-delà, à chercher dans ce qui est ce qui n'est pas. Tel est comme moyen de l'art , le caractère du clair-obscur , là s'arrête son effet direct ; il transporte dans Tindé-

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fini, et n'aide qu'incidemment à l'expression par le jeu contrasté de la lumière et de l'ombre, qui fait ressortir l'objet principal.

L'application de la couleur aux œuvres de la plastique et de la sculpture, dut conduire promptement à l'emploi de la seule couleur dans certains détails d'ornement. Ainsi commença la peinture, dont les origines présentent beaucoup d'obscurité. Nous ne pouvons guères que conjecturer ce qu'elle étoit chez les anciens dans les temps reculés , et même à des époques plus récentes. Toutefois, par les restes qui s'en sont conservés jusqu'à nous dans les tombeaux et les temples d'Egypte, dans les nécropoles des Etrusques et sur quelques vases d'une haute antiquité, il paroitroit que, monochrome, elle fut d'abord une simple imitation du bas-relief, ce qui n'étonnera pas si on se rappelle ce que nous avons dit des rapports immédiats qui lient cette partie de l'art aux éléments primordiaux de la peinture. Un trait à la fois pur et hardi, avec le degré d'expression que, par ce seul moyen, il est possible d'atteindre, on ne sauroit chercher d'autre mérite dans ces premiers essais, et quelques-uns le possèdent en une mesure très-remarquable. À cet égard, la peinture suivit le développement de la statuaire, s'élevant avec elle jusqu'à ce profond sentiment du Beau , qui nous ravit d'admiration dans les chefs-d'œuvre

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