‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 127 sur 247 · LIVRE VIIIe, — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE VIIIe, — CHAPITRE V

que nous sachions , aucune trace nettement reconnoissable ; et toujours est-il bien certain qu'on n'en fit que peu d'emploi et un emploi peu remarquable , sans quoi l'histoire de l'art l'auroit nettement caractérisé.

On conçoit, au surplus, qu'avec les moyens que nous venons de spécifier, la peinture produisît de puissants effets, analogues à ceux de la statuaire; que, dans l'imitation de certains objets isolés, elle portât l'illusion des sens aussi loin que possible, ce qui, après tout, ne constitue que Tune des moindres parties de l'art ; mais le paysage pour elle ne pouvoit être qu'une grossière ébauche, les fonds dévoient manquer d'horizons lointains et les plans de profondeur; baignés d'une lumière trop uniforme, ils se détachoient difficilement les uns des autres, l'air y circuloit mal. Aucun des grands effets que, depuis l'invention surtout de la peinture à l'huile, l'art a su tirer du eoniraste de l'ombre et de la lumière, de l'empâtement de la couleur et de la superposition de ses couches de différentes teintes, qui attirent l'œil au-dessous de la surface et le mettent comme en contact avec la vie interne, ne paroissent pas avoir été pressentis même des artistes anciens. On ne peut donc douter que la peinture n'ait fait chez les modernes d'importants progrès, et qu'à plusieurs égards Apelle et Zeuxis, ou plutôt leurs'

248 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.

œuvres, ne fussent très-inférieures aux œuvres de Raphaël et du Titien.

Après la translation de l'empire à Constanlinople, l'art, quoique en décadence, continua d'y être cultivé. Tandis qu'il se perdoit presque entièrement dans l'Italie en proie à l'invasion, ravagée, bouleversée par des vainqueurs barbares, les Grecs en conservoient les procédés techniques, et aussi le sentiment dans une certaine mesure, grâces à leur heureuse organisation. Ce fut par eux qu'ensuite il se répandit de proche en proche , suivant le progrès de la civilisation, chez les peuples de l'occident et du midi de l'Europe , sur les rives du Tibre, comme sur les bords de l'Escaut et du Rhin : et puisque les écoles qui se produisirent depuis eurent toutes leurs racines dans l'art bysantin, il convient d'abord d'en rechercher le principe et le caractère.

Son principe fut l'idée chrétienne, et c'est pourquoi toutes ses productions viennent se grouper autour de deux types , le type du Christ et celui do sa mère.

Son caractère est le sentiment d'un Beau idéal plus élevé, plus indépendant de la forme matérielle, que celui dont l'art antique offre de si merveilleux modèles.

De là, naturellement, il résulta que l'art bysan-

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