‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 128 sur 247 · LIVRE VIIIe. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE VIIIe. — CHAPITRE V

tin, forcé d'ailleurs par le christianisme qui proscrivoit le nu de négliger certains détails d'un ordre inférieur, se concentra presque entièrement dans la figure humaine, et que, dans la figure même, il subordonna la beauté physique à la beauté morale ; seulement quelquefois il en relève l'effet par la pose et le geste. Le fonds d'or d'où se détachent ses personnages, les enveloppe par ses reflets d'une lu*mière mystique, et, les séparant de tout ce qui rappelle le monde extérieur, leur crée un lieu à part, qui leur prêle une sorte d'aspect surnaturel.

Toutefois, indépendamment dés progrès que le temps amène en ce qui tient surtout à l'habileté d'exécution et même à la beauté de la forme, dans ses rapports directs avec les sens, on doit reconnoître dans l'art bysantin deux époques très-distinctes, l'époque primitive et celle du moyen-âge, correspondantes respectivement à deux architectures diverses, l'architecture greco-romaine et l'architecture gothique. Nous ne considérons ici que leurs différences générales, sans tenir compte des modifications nombreuses que subit la première, depuis les anciennes Basiiiques jusqu'à Sainte- Sophie , et depuis Sainte-Sophie jusqu'à Saint-Marc de Venise.

Lorsque s'opéra la transformation de la peinture payenne dans la peinture chrétienne, deux choses

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exercèrent sur celle-ci une influence capitale, quoique secondaire , en ce sens qu'elle demeura subordonnée à Tinfluence supérieure et toute puissante de la conception même d'où l'art nouveau devoit sortir. A l'idéal chrétien il falloit un corps , il falloit qu'il revêtit une forme sensible. Celte forme on la chercha d'abord dans ce que l'art antérieur avoit produit de plus rapproché du type qui flottoit encore indécis et vague dans l'imagination de l'artiste ; comme aussi dans une tradition historique en partie, en partie mystique, conservée parmi les fidèles sur les traits du Christ; et la forme même du Temple, ses larges pleins, ses frontons, ses cintres, ramenoient, par une autre voie, à l'imitation de l'antique, en vertu de la secrète harmonie qui, selon les lois mêmes de leur génération, lie l'architecture à la sculpture, la sculpture à la peinture, et d'où résulte l'unité de Tart.

Le Christ de ces premiers temps offrit donc comme une incarnation du Dieu d'Israël, dans la forme idéale créée par les Grecs, lorsqu'ils voulurent représenter leur divinité suprême, Paler Deum, hominumque, quelque chose du Zeus dllomère et de Phidias, avec un mélange de la sombre gravité du caractère juif. Aussi ce qui domina dans ce type primitif, ce fut plutôt le sentiment d'une puissance formidable , de la justice sévère et ter-

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