‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 130 sur 247 · LIVRE VIIIe. — CHAPITRE V. 2o · texte numérisé non relu

LIVRE VIIIe. — CHAPITRE V. 2o

angéliquc se modifia dans le même sens que le type humain.

Tandis que la peinture croissoit par une sorte de travail organique, les moines, en ornant les manuscrits de miniatures qu'on admire encore, en secondèrent beaucoup le progrès. L'art chrétien reçut d'eux son véritable caractère. Pénétrés de la foi dont vivoit la société entière, inspirés par elle, ils contribuèrent à créer les types qui en étoient l'expression sensible. Le sentiment de la couleur et du dessin surtout, leur dut en partie ses développements. Il y a loin sans doute, quant aux effets et quant aux procédés, d'une miniature à une composition qui recouvre une vaste surface ; cependant TinQuence de ces œuvres délicates sur celles de plus grande dimension, est visible dans les tableaux dont elles remplissent pour ainsi dire les marges.

Quelque profondes que fussent les modifications que la peinture éprouva durant le moyen-âge, on ne laissoit pas d'y reconnoitre des traces de son origine, et l'élément bysantin n'acheva de s'effacer qu'après la Renaissance , par des causes dont nous aurons à parler bientôt.

Divisé en deux écoles primitivement inconnues l'une à l'autre , l'école flamande et des bords du Rhin, et l'école italienne, l'art proprement chrétien

254 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.

correspondant à l'architecture romane et gothique, finit en Italie au Pérugin, qui forme, selon nous, avec Fra Bartolomeo la transition de l'art antérieur à l'art moderne. Disons un mot de ces deux écoles , de ce qu'elles ont de semblable et de divers.

Elles se ressemblent d'autant plus qu'elles se rapprochent davantage de leur source commune ? l'art greco-romain modifié originairement par l'idée chrétienne, et ensuite modifié encore d'une manière plus profonde par la même idée, telle qu'elle fut universellement conçue et sentie dans les âges suivants. Alors il exista une véritable unité de l'art; je veux dire que partout il reproduisit, en vertu, non de la pure imitation, mais d'une même cause génératrice , des types identiques quant au fond ; et, comme il devoit être, cette unité se manifesta dans toutes les branches de l'art, en peinture, en sculpture, en architecture. Le Christ, la Vierge, les Saints offrent, quelles que soient d'ailleurs les différences d'exécution, un certain caractère invariable, celui que nous avons essayé de définir. Mais on découvre généralement dans l'école italienne une aspiration progressive à la beauté idéale de la forme, et dans l'école flamande, au contraire , une tendance croissante à représenter simplement la nature telle que l'artiste l'avoit sous les yeux. Nous

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