‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 131 sur 247 · LIVRE VIIIe. — CHAPITRE V. 25S · texte numérisé non relu

LIVRE VIIIe. — CHAPITRE V. 25S

reviendrons plus tard sur cette opposition capitale, qui se perpétua et devint même plus sensible après la Renaissance. L'art flamand se distingue aussi par une couleur plus vive, plus éclatante, plus tranchée, indice d'une influence orientale directe; et peut-être ce goût dominant de la couleur contnbua-t-il à émousser le sentiment de la forme et de sa beauté idéale; car celle-ci, saisissable uniquement par l'esprit, doit être cherchée au-dessus des sens, tandis que la couleur est du domaine immédiat des sens.

Nous sommes contraints de négliger une multitude de nuances et de faits secondaires dont se compose l'histoire si compliquée de la peinture, pour ne nous attacher qu'aux grands faits liés directement aux causes générales qui ont présidé à ses développements. Dans ce résumé rapide , nous ne la considérons que par son côté philosophique, et indépendamment des innombrables variétés qui résultent, soit de certaines circonstances accessoires et accidentelles, soit du mélange de principes divers. Ainsi les écoles du centre et du nord de l'Allemagne se distinguent de l'école flamande par des différences très-marquées. Ainsi on reconnoît déjà dans Giotto, entouré des débris de l'art ancien, une imitation des formes grecques, un goût de dessin qui annonçoit et préparoit les changements que l'on vit se pro-

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duire bientôt après. Cependant Giotto appartient encore au moyen-âge, et le continue parle caractère principal de ses œuvres. Nous expliquons une fois pour toutes quelles sont les limites où nous nous renfermons, quel est le but unique de ce chapitre, afin qu'on n'y cherche rien de plus.

Lorsque, par un retour vers l'antique redevenu l'objet d'une enthousiaste admiration , en même temps que l'esprit chrétien s'affoiblissoit, du moins sous la forme où il avoit jusque-là régné; lorsque, disons-nous, s'opéra, sous l'influence de cette double cause, dans l'architecture et dans la sculpture, la grande révolution dont nous avons parlé précédemment, la peinture aussi en ressentit les effets, et, dans les voies nouvelles où l'engagea le mouvement général de l'Art et de la société entière à cette époque, elle fit, à plusieurs égards, d'immenses progrès qui durent vivement frapper les contemporains, comme ils nous frappent nous-mêmes.

Les temps font les hommes, et les hommes ensuite réagissent sur leur temps. 11 y a des siècles où Fhumanité, par un travail interne, par l'impulsion irrésistible des secrètes puissances qu'elle recèle en soi, semble s'élever au-dessus d'elle-même, où l'on diroit que , dans son voyage éternel vers Dieu , pénétrée d'une nouvelle effusion de vie, elle passe d'un monde dans un autre monde. Quelque chose

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