LIVRE VIIIe. — CIIAPITRE V
qui domine sans doute le sentiment chrétien, mais sans l'étouffer complètement. Il y reste au moins comme un souvenir traditionnel et révéré, tandis que Ton en voit promptementdisparoître jusqu'aux dernières traces dans la partie des Pays-Bas qu'envahit le protestantisme.
J,à, nulle inspiration élevée, rien qui émane d'une large conception, ou dune forte croyance : de la vérité , mais une vérité dépourvue de poésie et de grandeur. La naïveté, le naturel, l'entente de la lumière et du clair-obscur, un travail patient, lin, délicat et néanmoins exempt d'afféterie, telles sont les qualités que l'on peut particulièrement louer dans l'école hollandoise. On y peut joindre encore un remarquable esprit d'observation appliqué aux mœurs populaires et bourgeoises, ainsi qu'une verve inépuisable dans la reproduction des scènes variées de la vie domestique. Cela est bien sans doute, mais n'occupe dans l'art qu'une place si inférieure, qu'elle exclut toute comparaison avec ce qui en constitue le génie véritable et en caractérise l'état, dans ses relations avec celui de l'humanité et son développement au sein de Dieu et de l'univers.
Les premières œuvres dignes d'attention que la peinture présente en Espagne appartiennent, par le caractère des types et par l'expression , au* temps.
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qui précédèrent la Renaissance. Mêmes formes alongées, mêmes poses, même gravité, même calme, ce calme recueilli qui naît du détachement des choses terrestres, d'une sorte de transfusion de la vie d'un monde en un autre monde. L'école proprement espagnole se développa plus tard, sous l'influence dé l'art flamand et de l'art italien, du dernier surtout , modifié par l'esprit et les mœurs nationales. Ce qu'ont enfanté de plus magnifique les Velasquez, les Murillo, les Zubarran, les Ribera, dérive visiblement de la source commune où Raphaël, le Dominiquin , Andréa del Sarte, le Titien , le Corrége , puisèrent leurs inspirations. Seulement ils n'ont pas au même degré le sentiment du Beau antique, et, comme les Flamands, on les voit descendre de ces hautes régions de l'art à l'imitation, on oseroit presque dire brutale, de la nature, en reproduire avec complaisance les types les plus vulgaires, quelquefois même les plus rebutants. Ce contraste étrange n'a pas sa raison dans le simple caprice de l'artiste, mais dans l'état du peuple, dans son génie, ses institutions, les idées et les habitudes particulières qu'elles engendrèrent. L'opiniâtreté ibérienne, la fierté de la race gotte, l'enthousiasme arabe , et quelque chose aussi de la férocité africaine, voilà le caractère espagnol. Après sept siècles de lutte contre les Maures , leurs vain-