LIVRE VIIIe. — CHAPITRE V. 2G
qucurs portèrent sur d'autres théâtres , en Europe et dans l'Amérique nouvellement découverte, leur activité guerrière, excitée encore par l'esprit d'aventure qu'avoient éveillé les entreprises merveilleuses de Vasco de Gama. Cette période, la plus éclatante de l'histoire de cette grande nation , prépara celle de sa décadence dont Philippe 11 put, de son lit de mort, apercevoir déjà les symptômes infaillibles. Il en étoit le principal auteur, car ce fut lui qui, achevant l'œuvre commencée par son père, établit sans retour le double despotisme, religieux et politique, sous lequel l'Espagne succomba. Depuis lors on la vit décliner toujours plus. Le despotisme religieux, organisé dans l'inquisition, arrêta complètement le développement intellectuel et le progrès de la science. Le despotisme politique détruisit, au sein de la société, tout mouvement, toute vie. L'un et l'autre opposant un invincible obstacle à la libre action de l'homme, à l'évolution des forces sociales qui poussent les peuples en avant, l'agriculture languit, l'industrie fut comme frappée de mort. Les sources de la richesse publique ainsi taries, la population diminua rapidement, et ce qui en resta croupit dans l'indolence et dans la misère. Ces effets se combinant avec le caractère national, l'Espagnol, paresseux et pauvre, se fit mendiant , et pour mendier avec orgueil , il
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divinisa la mendicité. Elle eut ses temples qui furent les couvents, et la religion ayant cessé d'être un objet permis d'exercice pour l'intelligence, se matérialisa, soit dans des habitudes dépourvues d'influence sur les mœurs, soit dans les pratiques d'un austère et sombre ascétisme.
Laissant à part ce qui émane directement de Fart italien, l'art espagnol, en ce qu'il a de propre, est le produit de ces causes diverses. Quelles que soient les différences par lesquelles d'ailleurs se distingue chaque artiste , quelle que soit la nature particulière de son talent , la variété de manières successivement adoptées par lui , tous ont un caractère commun, tous expriment plus ou moins vivement le génie national. Non-seulement ils ont représenté ce qu'ils avoient sous les yeux, un peuple de mendiants ; mais ce type ils s'y sont complus, ils l'ont sanctifié sous la robe du moine, déifié dans le Christ et sa mère. En quelle autre contrée, voulant peindre la Vierge montant aux cieux, auroit-on imaginé de la revêtir de haillons? Leur Beau idéal n'est ni celui du moyen-âge, ni celui des écoles d'Italie. Entièrement absorbés dans le christianisme monacal, ils excellent à reproduire, avec un sentiment admirable, l'exaltation enthousiaste, l'ardeur entraînante de l'amour divin, l'extase de la contemplation. Nul en cela ne les a surpassés ni