‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 147 sur 247 · LIVRE VIIIe. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VIIIe. — CHAPITRE VI

Ainsi, pour exprimer la représentation sur la scène des aventures de Niobé, de ce drame touchant et terrible, on disoit : Saltare Nioben.

Considérée en général , la danse a ses lois , analogues à celles de la sculpture et de la musique. Par ce qu'elle renferme de plus intime, elle doit correspondre à un ordre de pensées et de sentiments qu'elle manifeste à sa manière, en même temps qu'elle s'efforce de reproduire, sous des conditions extérieures, un modèle idéal de beauté, sans lequel aucun art n'existe. Cette beauté idéale se compose de deux éléments, la majesté, l'élégance, la grâce , l'harmonie enfin des lignes du corps , que recherche la statuaire , et l'harmonie des lignes du mouvement, correspondante au rhythme musical. Toute danse doit, comme le chant, procéder d'un motif principal, qui toujours reparoisse, que l'on sente toujours , dans la variété de ses développements, et qui les ramène à l'unité. Il forme, en un sens très-exact, la mélodie de la danse : tout le reste y doit être subordonné. Les mouvements secondaires, ceux des chœurs, l'accompagnent et le complètent en se liant à lui harmoniquement : ils en sont, pour ainsi parler, les accords. La vraie puissance de l'art réside avant tout dans la mélodie fondamentale, et ensuite dans la perfection des rapports qui l'unissent à son complément harmo-

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nique. Ce qui ne fait ressortir que la souplesse et l'agilité musculaire y doit être ménagé avec une sobriété extrême. Les tours de force , les simples ornements, plaisent un moment, étonnent, comme dans la musique , à cause de la difficulté vaincue ; mais , étrangers à l'art réel , il est au moins trèsrare qu'ils n'en affoiblissent pas l'impression.

Observons, à l'égard du rhythme, que les animaux mêmes le sentent , tant il a dans la nature de profondes racines. Il excite, comme on le sait, et soutient la marche du chameau , sans doute en stimulant la force productrice du mouvement. Il exerce sur l'homme même une action analogue. Le tambour, le cornet, le clairon, ne règlent pas seulement le pas du soldat, ils l'animent encore, et diminuent la sensation de lassitude. Déjà presque épuisé par les travaux du jour, le nègre fera souvent une longue route pour passer la nuit en des danses qui semblent réparer ses forces. Les faits de ce genre' et , en général , la passion de la danse si vive chez les peuples de mœurs simples , spécialement en certains climats et dans certaines races, pourroit donner lieu à des recherches physiologiques curieuses. Le plaisir exalté , l'espèce d'enivrement qu'elle procure , n'est pas uniquement dû au sentiment de l'art, puisque l'art quelquefois y apparoît à peine. Il est présumable qu'il s'établit

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