MUSIQUE
Nous entrons dans une sphère nouvelle où l'Art se transforme pour reproduire , sous d'autres aspects, le modèle dont la vague image, que nous voudrions saisir à la fois par toutes les puissances de notre être, nous attire, pour ainsi parler, en des régions correspondantes à nos modes divers de percevoir et de sentir. Cette véhémente aspiration à Tidéale beauté qui resplendit en tout ce qui est , se confond avec la tendance innée en nous vers le principe d'où découlent les êtres dans leur inépuisable variété, la tendance vers l'Etre absolu, qu'au sein de sa lumière et de son éternité, nous découvrons de loin, à travers le milieu obscur des phénomènes du temps. Une irrésistible impulsion nous porte à nous unir à lui toujours plus, et les joies
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si vives dont l'Art est la source, ne sont que la conscience même de celte union plus grande, la jouissance intime attachée à l'accomplissement d'une loi naturelle , de la loi première de toute existence.
Relative à un mode de sensibilité différent de celui avec lequel sont en rapport la plastique et les arts du dessin, la musique, qui forme le passage de ceux-ci aux arts de l'esprit, occupe, dans la philosophie générale de l'Art, une place à part et trèsimportante.
Rappelons-nous d'abord quelques-unes des choses déjà dites.
Dieu se manifeste dans ses œuvres , puisqu'il est le type de la Création. Or le Beau n'étant, par son essence, que la manifestation du Vrai ou de l'Etre, il s'ensuit que la Création en est l'expression finie, comme le Verbe, par lequel l'Etre absolu se manifeste à lui-même selon tout ce qu'il est, en est l'expression infinie.
Mais l'Art est la reproduction du Beau sous une forme extérieure qui affecte les sens. L'œuvre de Dieu réunit donc toutes les conditions de l'Art, il est l'Art divin, dans lequel il faut considérer deux choses : le type éternel, infini, qui est Dieu même; ce même type incarné dans des formes sensibles qui, en le limitant, lui impriment un caractère fini.