LIVRE IXe. — CHAPITRE 1er
De cet Art primordial , progressif comme la Création, dérive l'Art humain, lequel n'est que l'action de l'homme incarnant dans ses œuvres le type du Beau tel qu'il le perçoit. Et puisque le Beau infini est identique avec l'Être absolu, avec Dieu, et le Beau fini avec l'univers où il revêt une forme sensible, le Beau, tel que Thomme peut le reproduire dans ses œuvres , a une nécessaire relation avec ses conceptions de 1' univers et de Dieu. Il exprime par l'Art ces conceptions et les sentiments qui y correspondent, c'est-à-dire qu'il exprime, au degré où il les connoit, Dieu, l'univers, et ses rapports avec l'un et l'autre. Par où l'on voit que radicalement l'Art est un comme Dieu, un comme l'univers, et que par conséquent tous les arts, étroitement liés ensemble, sortent d'une même racine, et, quelles que soient les différences secondaires qui les spécifient, se résolvent dans une rigoureuse et fondamentale unité.
La diversité qu'ils présentent résulte d'abord de ce que Dieu ne pouvant se manifester extérieurement selon son unité infinie, absolue, chaque partie de son œuvre ne le reflète que partiellement, et dès-lors appelLe, en quelque manière, par une progression qui ne s'arrête jamais, son complément indispensab.e. Toutefois, entre ces manifestations partielles il existe un ordre d'enchaînement qui les
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ramène à une unité de plus en plus vaste, ou de plus en plus rapprochée de l'unité divine : d'où l'harmonie générale des êtres , harmonie qui implique la variété dans l'unité; car l'idée d'harmonie renferme celle d'au moins deux termes et de leur union.
En second lieu , l'Etre absolu étant essentiellement un, la forme qui le détermine est également une. Or elle ne sauroit être une, que le moyen de sa manifestation ne soit un aussi ; car le moyen par lequel la forme se manifeste, n'est que l'effulgence, l'irradiation naturelle de la forme même. Considéré dans sa plus grande généralité, ce moyen nécessaire de manifestation inhérente à la forme infinie et à toutes les formes limitées qui en dérivent, s'appelle lumière.
Mais les formes limitées , c'est-à-dire existantes sous les conditions de l'étendue, se composant de deux éléments, de la forme intrinsèque qui les constitue ce qu'elles sont , et de la limite sans laquelle elles ne sauroient être réalisées dans l'espace, ont par cela même deux modes de manifestation , l'un relatif à la figure ou à la condition de leur existence extérieure , l'autre relatif à la forme intime.
Le premier de ces modes est la lumière dans ses rapports spéciaux avec le sens de la vue , qui , ne