‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 151 sur 247 · LIVRE IXe. — CHAPITRE Ier · texte numérisé non relu

LIVRE IXe. — CHAPITRE Ier

pénétrant point au-dessous des surfaces, au-dessous de l'enveloppe matérielle , ne perçoit que l'étendue configurée ; le deuxième est le son , qui , perçu par Fouie , nous révèle ce qui se dérobe éternellement à l'œil dans les secrètes profondeurs de l'être. Et puisque le moyen général de manifestation est originairement un comme la forme elle-même, la lumière et le son doivent être identiques par leur essence, doivent être le même principe primordial subsistant sous des conditions diverses , et diversement perçu, selon ses rapports avec deux modes divers de sensibilité ; et , en dégageant les phénomènes des circonstances secondaires qui les compliquent, la radicale identité de la lumière et du son doit apparoître dans celle de leurs lois fondamentales. Mais ce n'est pas ici le lieu de traiter cette question. En ce qui touche immédiatement l'art, nous n'avens, quelle que soit la nature physique du son , à nous occuper que de ses seuls eilèts.

On a montré comment la danse forme la liaison des arts relatifs à la vue , avec ceux relatifs à l'ouïe^ La statuaire, le dessin, n'ont qu'un instant, ne saisissent qu'une expression fixe ; la danse y ajoute le mouvement et le règle par le rhythme musical.. L'art passe ainsi dans le domaine direct et réel de la vie; il devient l'homme même accomplissant,

292 IIe PARTIE.— DE L'HOMME.

sous l'influence du sentiment qui le porte à rechercher en tout une certaine beauté idéale, les plus hautes fonctions de sa nature; et ce nouveau caractère coïncide avec le premier emploi du moyen général de manifestation correspondant à la forme intime, à l'élément spirituel de l'être dont il révèle l'invisible essence *f d'où l'on peut, ce me semble, inférer que le son n'est pas un simple ébranlement vibratoire des milieux élastiques, mais qu'il implique une énergie spéciale , un principe agissant par son efficace propre sur ce qui sent et perçoit en nous. Quelle relation de cause à effet l'esprit peutil concevoir entre les ondes sonores , les vibrations de l'air, de l'eau, ou des molécules d'un corps solide , et les sensations , les pensées consécutives à ces vibrations? N'est-il pas au moins présumable qu'elles ne sont qu'un mode physique de transmission, le simple véhicule de ce qui agit véritablement pour produire les phénomènes d'un ordre exclusif des conditions de l'étendue?

Sous le point de vue le plus général, la musique, ainsi que le disent formellement Platon et les poètes épiques et tragiques, étoit, pour l'antiquité, l'expression de Tordre en toutes choses. Embrassant l'univers entier, elle comprenoit tout ce qui procède selon des lois constantes , tout ce qu'enchaînent des rapports que peuvent saisir les sens et l'esprit ,

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