‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 152 sur 247 · LIVRE IXe.-— CHAPITRE 1er · texte numérisé non relu

LIVRE IXe.-— CHAPITRE 1er

Tharmonie des phénomènes physiques, des mouvements des astres qui s'accomplissent suivant des proportions régulières de nombres , et forment , de sphère en sphère, comme un vaste concert céleste ; les bruits mystérieux de la nature vivante et inanimée , les mélodies sauvages des vents et des eaux, le frémissement des feuilles agitées par la brise, les cris variés des animaux où se peignent leurs instincts , le chant des oiseaux; puis, en s'élevant toujours, les manifestations dont la voix humaine est le moyen , depuis les premiers sons inarticulés jusqu'au vrai langage, et, à cause de leur naturelle liaison avec la voix , le geste , la danse , la palestre même ; enfin les lois morales de l'homme , rapportées au double pouvoir inhérent à la voix , 1e pouvoir d'exprimer, avec toutes leurs nuances, les sentiments et les passions , de les exciter, de les calmer, et celui de représenter la pensée et les idées pures.

De ces propriétés essentielles de la voix résultoit l'importance extrême de la musique chez les anciens. Elle étoit pour eux la parole même élevée à son plus haut degré de puissance, la parole agissant à la fois sur les facultés sensitives et intellectuelles. Et en effet , originairement inséparable du langage parlé, la musique comprenoit la poésie et l'art oratoire. Dire et chanter étoient autrefois la même

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. chose, dit Strabon. La première forme du discours fut partout rhythmique et mesurée, assujettie à des règles sévères de prosodie et d'accentuation. L'invention de la prose appartient à des temps postérieurs de beaucoup. On ne s'habitua même que par degrés à rompre la mesure du vers. Cette innovation eut lieu, chez les Grecs, six siècles seulement avant notre ère , et trois siècles plus tard chez les Romains h Aux époques primitives , les doctrines religieuses, les lois, les préceptes, les traditions, se transmettoient , sans récriture , au moyen du chant qui les gravoitdans la mémoire des hommes, en même temps qu'il excitoit en eux, par son action physiologique sur l'organisme, les sentiments qui dévoient s'y joindre, et ce chant n'étoit que l'expression naturelle de la voix, ramenée à certaines

* Cadmus de Millet , qui vivoit sous Alyattes , roi de Lybie , p.ere de Crésus, c'est-à-dire, dans le VI» siècle avant J.-C. , est le premier historien qui ait écrit en prose. Phérécide et Hécatée l'imitèrent , en conservant toutefois , comme lui , tous les caractères de la poésie , moins le mètre qu'ils brisèrent. Les écrivains postérieurs, ajoute Strabon , se permettant successivement divers autres changements , firent descendre le discours de ce degré d'élévation au point où il est aujourd'hui (Strab. geogr., lib. I , p. 16). Un certain Àppius Cœcus fut aussi le premier qui introduisit, 307 ans avant J.-C, l'usage de la prose chez les Romains, dans une harangue qu'il prononça devant le Sénat , pour lui persuader de ne point faire d'alliance avec Pyrrhus ( Plin. Nat. hist. I. VU. — Isidor. Hispal. orig. 1. 1 ', cap. 37). On rapporte de même à Mahomet l'origine de la prose dans la langue arabe ( Poeseos asiaticœ commentaria, auct. Guillelmo Jones Lipsice ,V77; dt a^mtiçd4 diclione ? "p, 364 )<

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