LIVRE IX0. — CHAPITRE 1er
plus, proportionnellement à la perfection toujours croissante des êtres, aux lois supérieures de ceux-ci, modifiées par elles, on les retrouve partout, voilées quelquefois , mais radicalement indestructibles et inaltérables.
Il est remarquable que , comme les corps existent nécessairement sous trois dimensions correspondantes aux trois principes essentiels de l'être1, aucun son fondamental ne sauroit être produit, sans une triple résonnance simultanée, base première des accords et de l'échelle des tons , c'est-à-dire, du système régulier des sons musicaux. En tant que mesurables, chacun d'eux a pour expression un nombre fixe de vibrations en un temps donné , et ces vibrations plus ou moins rapides, observées s<ur une corde sonore, correspondent elles-mêmes à des rapports fixes de longueur ou de distance. Mais le mouvement vibratoire n'affecte pas seulement la masse apparente du corps vibrant, il s'étend à chacune de ses molécules, et la forme de ces molécules et de leur groupement détermine celle du mouvement ou de ses directions, qui engendrent des figures géométriquement symétriques, comme le montrent les belles expériences de Chladni. Ainsi, dans les corps inorganiques, le son a un rapport certain à leur nature intime et en est une vraie manifestation,
V^yez, tom^l, liv, IZÏ, ch. IV,
500 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.
Nul corps différent d'un autre corps par sa composition ou sa forme radicale, ne rend exactement le môme son. De là ce qu'on appelle le timbre. Quel que soit le corps vibrant, le nombre des vibrations isochrones détermine la place de chaque son dans la série musicale des tons constamment invariables. Le timbre, indépendant du nombre des vibrations, manifeste la nature du corps, dont il est véritablement l'expression spécifique, la voix.
La musique, à son second degré, se complique des lois physiologiques des êtres. C'est pourquoi on a vu, dès l'origine, les musiciens se diviser sur la mesure des intervalles et sur la manière d'en déterminer les rapports, les uns t voulant qu'on n'employât pour établir ces fondements de l'art, que le raisonnement et le pur calcul; les autres 2 soutenant , au contraire, que l'on devoit s'en remettre uniquement au jugement de l'oreille. Souvent renouvelée, cette discussion s'est prolongée jusqu'à nos jours, et, réduite à ces termes rigoureusement opposés entre eux, elle seroit éternelle, car aucune des deux opinions n'est admissible en tant qu'exclusive. Elles sont vraies toutes deux, fausses toutes deux. Il est très-vrai que les lois physiques, et par conséquent le nombre qui en est l'expression, pré-
1 Les Pythagoriciens.
8 Les Aristoxéniens.