‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 156 sur 247 · LIVRE IXe. — CHAPITRE 1er. 30 i · texte numérisé non relu

LIVRE IXe. — CHAPITRE 1er. 30 i

sident originairement à la détermination des intervalles et de leurs rapports, sans quoi il seroit d'une évidente impossibilité qu'ils eussent une relation constante avec les vibrations des corps sonores inorganiques; il est faux qu'elles y président seules, ainsi que le reconnoît d'Alembert lui-même *, et c'est pour cela que ces lois, fondées d'ailleurs sur l'expérience toujours imparfaite, ne donnent que des rapports approchés. 11 est très-vrai que le jugement de l'oreille est indispensable pour apprécier avec justesse les harmoniques d'un son; il est faux que ces harmoniques ne soient pas soumises primitivement aux lois du nombre , quoique les nombres qui les représentent , calculés sur des bases nécessairement hypothétiques, n'aient aucune valeur absolue, et soient peut-être même incommensurables entre eux.

Le son affecte d'une certaine manière relative à leur nature les êtres doués de sensibilité et d'instinct. Ils agissent par la voix les uns sur les autres , se communiquent des impressions aussi variées que profondes, expriment, dans un langage analogue à leurs facultés et à l'organisation qui en est la condition passive , leurs appétits et leurs passions, l'amour, la haine, le désir, la crainte, la colère, la douleur, la joie, la sympathie et l'antipa-

1 Discours préliminaires des Eléments de musique.

302 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.

thie. Les oiseaux* ont leur chant : plusieurs imitent le nôtre. Quelques animaux, des insectes même, dit-on, se montrent sensibles à l'harmonie de nos instruments. Le clairon , la trompette , le cor , animent à la chasse, au combat, ceux dont nous nous sommes fait des compagnons et des auxiliaires. Le rhythme surtout exerce sur eux une influence puissante, comme nous l'avons remarqué ailleurs. 11 les excite à une marche soutenue, mesurée, et en diminue la fatigue. Il est clair que tous ces effets dépendent immédiatement de causes spéciales , correspondantes à la nature vivante, et dont les lois, dès-lors , ne sont pas exprimables en nombres. Peut-on concevoir qu'une sensation, essentiellement indivisible, soit, en aucun sens représentée par une formule numérique ? Une sensation , qu'est-ce, si ce n'est une certaine modification , un certain état de l'être radical ayant conscience de soi, de la substance rigoureusement une? Voilà donc la musique des corps inorganisés, qui, par l'adjonction d'un nouvel élément, de l'élément physiologique, prend un caractère également nouveau, et, s'élevant dans une sphère plus haute, passe sous l'empire de lois d'un autre ordre, des lois supérieures de ce qui vit et sent»

Elle s'élève encore pour devenir la musique propre de l'homme, expression de sa nature coin-

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