LIVRE IXe. — CHAPITRE 1er
plète, sous le triple point de vue physique, physiologique et moral ; et conséquemment les lois de ces trois ordres s'y combinent, comme elles se combinent dans l'homme même , et suivant le même mode de subordination.
Point d'art musical sans une base première , appelée échelle ou tonalité , et par ce mot qui reçoit différentes acceptions dans la langue peu fixée de la musique, nous entendons ici uniquement un système qui représente, en partant d'un son primitif, la génération progressive des sons dérivés, selon les lois physiques et physiologiques qui déterminent entre eux des rapports ou des intervalles invariables. Existe-t-il un pareil système dans un sens général et mathématiquement rigoureux? Au point de vue de la pensée philosophique, il y a lieu de le croire, l'unité de la Création impliquant l'unité de ses lois et de ses manifestations diverses. Mais, foible partie que nous sommes de ce grand tout, ces lois se modifient à notre égard, suivant nos relations particulières avec l'ensemble des choses, dont nous n'avons ni le sentiment, ni la vision parfaite. Ainsi, quant à nous, tout système de sons étant nécessairement partiel, incomplet, aucun ne sauroit offrir cette sorte de rigueur qui correspond à la vérité absolue et universelle. Chacun a ses inconvénients, aussi bien que ses avan-^
304 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.
tages. On comprend donc comment la tonalité fondamentale a varié chez les différents peuples, et y varie encore de nos jours. Le système musical des Grecs, imités depuis en cela par les Arabes et d'autres Orientaux, se composoit radicalement de quatre sons consécutifs liés entre eux suivant un certain ordre d'intervalles déterminés par leur théorie, qui admettoit des quarts de ton. Notre système, à nous, les rejette. Au lieu du tétracorde des Grecs, il a pour base une série de sept sons *, qui forment ce qu'on a nommé l'échelle, ou la gamme diatonique2. Quoique de très -grandes imperiec-
1 La septième note n'a reçu que fort tard le nom qu'elle porte aujourd'hui. Une lettre lui est assignée dans la notation grégorienne, et oui u Arezzo, qui se prononce de la manière la plus tonnelle pour le système ues octaves, ne songea certainement jamais à la retrancher de lecnelle diatonique. Mais, comme il se servoit, pour exercer les entants, de la mélodie de l'hymne Ut queaut Iaxis, ou l'intonation s'élève d'un ton sur la première syllabe ue chaque vers, on s hamtua à désigner par ut, ré, mi, etc., les notes de la gamme, de sorte que la septième qui manquoit dans ce développement harmonique de l'hymne , manqua ainsi de nom propre, quoiqu'elle appartint à 1 échelle et qu'on eût trouvé un autre moyen de la designer. 11 advint de la cependant que quelque successeur ou commentateur de Oui d Arezzo, s en tenani, par respect pour les six syllabes, aux notes qui empiuutoient délies leur nom, imagina l'absuide système de 1 exacorde, si embrouillé à cause de sou cortège de muanctn. L exacorde n'a jamais été qu une ridicule anomalie ; il n'eut sur l'art, quil auroit plongé dans une barbarie profonde, aucune iuhuence durable, et c'est pourquoi nous n'ayons pas cru devoir en parler dans le texte.
a ttieu que notre gamme diatonique ne contienne que sept sous de nature différente, le dernier appelle irrésistiblement un sou