‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 16 sur 247 · LIVRE VIIe. — CHAPITRE III. SI · texte numérisé non relu

LIVRE VIIe. — CHAPITRE III. SI

forts que l'homme, et l'homme est parvenu à leur imposer son joug. L'intelligence elle-même n'a point une action physiquement et immédiatement productrice de ce phénomène; elle dirige l'emploi des moyens, mais elle n'est pas le moyen effectif, direct, la cause efficace des effets opérés. L'état de domesticité implique une modification profonde des instincts naturels et des habitudes primitives, conséquemment des modifications non moins profondes des conditions organiques correspondantes à ces habitudes et à ces instincts, modifications qui se transmettent par la génération, mais sans détruire toutefois le type primordial, lequel reparoît toujours plus visible à chaque génération nouvelle, lorsqu'il cesse d'être soumis à l'influence continue de l'homme. Il faut remarquer encore que cette influence ne s'étend qu'aux espèces dont l'organisation offre une certaine analogie avec la sienne. Toute relation entre les êtres dérive en effet de leur nature respective, et suppose dès-lors des rapports d'organisation. Par où l'on voit que le fait dont nous cherchons l'explication, rentre dans la classe de ceux qui dépendent des lois universelles des communications des êtres entre eux. Il a pour point de départ le sentiment instinctif de la supériorité de l'homme, que les animaux éprouvent à son seul aspect, et ce sentiment, auquel se joint une impression soit de crainte,

32 IIe PARTIE. — DE L'HOMME*

soit d'attrait, implique l'action réelle d'une puissance qui les modifie physiologiquement, par conséquent la transmission de quelque chose de lui en eux : ce qui nous conduit de nouveau à reconnoître l'existence d'une force radicale, première, dont la force soumise aux lois purement physiques n'est qu'une manifestation particulière , relative à l'un des modes généraux sous lequel subsistent les êtres dans l'univers.

Les modifications que l'homme fait subir aux animaux pour les amener à l'état domestique, sont de même genre que celles qu'il fait éprouver par l'éducation aux individus de son espèce. Il contrarie le développement de quelques-unes de leurs dispositions natives, il favorise le développement de quelques autres. Il leur communique quelque chose de soi, puisqu'il les rend semblables à soi, autant que le comporte la nature inférieure des uns et l'organisation individuelle des autres ; il les rend capables de certains actes, propres à certaines fonctions auxquelles ils seroient demeurés totalement inhabiles sans l'éducation : avec cette différence toutefois, entre les animaux et les individus humains, que le développement de la pensée, et par conséquent de la liberté, a été pour ceux-ci le fruit de l'éducation, le résultat de l'action exercée sur eux dans la double sphère intellectuelle et physiologique ; tandis que la

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