‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 165 sur 247 · LIVRE IXe. — CHAPITRE Ier · texte numérisé non relu

LIVRE IXe. — CHAPITRE Ier

les arts partiels, résultats pour nous de la décomposition de l'Art complet, se mélangeant, se pénétrant par une sorte de puissance organique, se résolvent et se confondent dans une magnifique unité. Il existe donc une musique non moins vaste que la Création, une musique universelle qui embrasse tous les sons, tous les bruits, et leurs combinaisons innombrables, et leurs lois de tous ordres ; mais nous ne la comprenons pas, parce que nous ne connoissons ni ne sentons qu'une foible partie de la Nature, dont l'ensemble immense qui, de toutes parts fuit dans l'infini, se dérobe à nos sens et à notre pensée même. Depuis la goutte d'eau qui gémit en se brisant sur un brin d'herbe, jusqu'à l'Océan qui ébranle avec des mugissements formidables les bases souterraines de la terre ; depuis le jonc des bords du fleuve jusqu'à l'oiseau qui soupire la nuit au fond des forêts; depuis l'insecte imperceptible qui murmure des tristesses ou des joies inconnues dans le calice d'une fleur, jusqu'à l'homme dont les chants s'élèvent de monde en monde vers leur éternel Architecte, chaque être a sa voix dans ce concert divin. S'il en est qui nous frappent comme des dissonances, c'est qu'isolées à notre égard, leur relation au tout nous échappe : elles ne se lient pour nous à rien d'ordonné. Que dans l'œuvre le plus parfait de notre art même, retranchant les intermédiaires, on rap-

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proche des parties dès-lors sans convenance mutuelle, nous éprouverons la même sensation étrange et pénible, nous porterons le même jugement. Les limites si resserrées qui nous pressent se manifestent en tout. Nécessairement bornée comme nous, incomplète comme nous, notre musique est le rapport de l'harmonie totale à notre nature particulière.

Pour exprimer ses conceptions, pour leur donner une forme sensible, l'art a besoin d'organes. Les uns correspondent au monde inférieur : ce sont les instruments, en nombre indéfini, qui, par la variété de leurs timbres et de leurs diapasons, représentent celle des voix au moyen desquelles les êtres divers se manifestent selon leur nature. L'homme également se manifeste par sa voix incomparablement plus parfaite. Elle est l'organe principal de Tart ; aucun autre ne le sauroit suppléer, quoique 1 homme puisse aussi faire passer quelque chose de soi dans les organes de son invention, les animer de sa vie, et conséquemment se manifester par eux , en une certaine mesure, comme Dieu lui-même se manifeste par les êtres les plus humbles de la Création. Une différence ineffaçable subsiste néanmoins toujours entre ces deux genres d'organes : d'où deux genres distincts de musique, la vocale et l'instrumentale. La première correspond directement à la mélodie ?

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