LIVRE IXe. — CHAPITRE 1er
arts, à l'époque fatale de leur décadence. Ainsi nous avons vu, après les âges où elles s'inspiroient de la contemplation d'un modèle au-dessus de toute réalité finie, la scuplture et la peinture rechercher uniquement la beauté des formes matérielles, ne plus parler qu'aux sens, et tout aussitôt, privés même de cette vie inférieure qui anime les derniers des êtres de la Création, devenir un je ne sais quoi qui n'a de nom dans aucune langue. .
Avec le christianisme naquit un art nouveau, non pas quant aux principes généraux et inaltérables donnés par la nature même, mais quant au modèle idéal qui en déterminoit la forme et le caractère. Quoiqu'on ait dit, il y a lieu de penser que les emprunts faits aux chants grecs et juifs furent trèspeu nombreux. Les idées auxquelles ils se rapportoient et qui les avoient inspirés, différoient trop de celles que le Christ étoit venu répandre sur la terre. 11 dut se produire , dès l'origine , des mélodies simples, austères , empreintes tout ensemble et du génie de la doctrine qui alloit renouveler le monde, et des sentiments de foi, d'espérance, d'enthousiaste ardeur et de tristesse, qu'éprouvèrent les premiers croyants, en butte à d'atroces persécutions, et contraints de cacher au fond des catacombes les mystères de leur culte proscrit. Ces mélodies, au reste, spontanées, instinctives, ne dépendoient en
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aucune manière de lois antérieurement fixées. Ce n'étoit qu'un germe dont le développement ne put ensuite être abandonné aux chances du hasard, ni au caprice des individus; car, à mesure que l'Église s'étendoit et se constituoit, elle comprit, à l'exemple des sacerdoces antiques et des anciens législateurs, l'importance souveraine de la musique, et la nécessité dès-lors de la soumettre à certaines règles, d'instituer enfin un système musical en rapport avec les croyances et le but moral de la religion qu'elle enseignoit aux peuples. Saint Ambroise commença cette œuvre difficile que saint Grégoire devoit achever deux siècles après. Ce grand pape fit pour la musique ce qu'avoient fait pour la sculpture et la peinture les premiers artistes chrétiens. Ceuxci, comme nous l'avons montré, usant de ce qui s'étoit conservé jusqu'à leur époque des procédés techniques de l'art, repoussèrent les types qu'avoit consacrés la licence des mœurs et des opinions, modifièrent les autres et les transformèrent selon l'esprit du christianisme et les conceptions qui lui étoient propres. 11 en fut ainsi delà musique.
Outre les difficultés d'une notation qui exigeoit l'emploi d'une multitude de signes, la multiplicité des modes l'avoit prodigieusement compliquée chez les Grecs. Une partie de ces modes correspondoit d'ailleurs à divers ordres de sentiments que réprou-