‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 172 sur 247 · LIVRE IXe. — CHAPITRE 1er · texte numérisé non relu

LIVRE IXe. — CHAPITRE 1er

voit la sévère pureté de la morale chrétienne. Que fit donc saint Grégoire? En conservant le système ingénieux et savant de la tonalité grecque, moins toutefois les intervalles de quarts de ton, il choisit parmi les modes qui en dérivoient ceux dont le caractère religieux, calme et grave se rapprochoit le plus de la sainteté du christianisme, et rejeta tous les autres, ce qui permit de simplifier beaucoup les règles pratiques et la notation pour laquelle sufGrent quelques lettres, que depuis on appela lettres grégoriennes»

Telle est l'origine du plain-chant, d'où la musique moderne est sortie par un développement progressif et des modifications successives dont l'élude est indispensable à la philosophie de l'art.

Le plain-chant, cantus planas, consista d'abord et pendant long-temps, comme toutes les musiques primitives , uniquement dans une suite de sons mélodiques, accentués, expressifs ou naturellement liés aux sentiments que dévoient exciter les paroles auxquels ils étoient inséparablement unis : espèce de mélopée que représentent assez exactement, sous sa forme la plus simple, le chant de lépître et de l'évangile, et celui des leçons et des lamentations dans les offices de la semaine sainte. 11 dut toutefois, dès sa naissance, offrir un caractère musical plus prononcé, des mouvements, des rhythmes plus

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variés, mais dénués cependant de toute symétrie et de toute mesure rigoureuse *. Ceci étoit une conséquence de l'application nécessaire du chant aux textes sacrés, qui, écrits en prose , n'avoient euxmêmes ni mesure, ni cadence régulières. De cette apparente infériorité de l'art primitif chrétien comparé au nôtre, résultoient pourtant de merveilleux effets que nous ne pourrions aujourd'hui reproduire: chaque note ayant une valeur abstraite, absolue , ainsi qu'une durée arbitraire, c'étoit l'oreille qui créoit le rhythme selon le besoin de l'expression, et l'absence de mesure éveilloit comme un vague sentiment de l'infini, les fonctions de la mesure étant immédiatement relatives au temps, dont elle sert à marquer les divisions symétriques. Elle s'introduisit néanmoins, avec l'élément harmonique, à des époques très-postérieures, dans les morceaux à plusieurs parties ; mais cette mesure n'affecte point essentiellement le chant, qui se développe d'une manière continue, sans divisions appréciables par l'ouïe ; elle a pour but à peu près unique d'aider le lecteur, et de guider l'exécution.

1 Dans sa constitution du chant pour l'église de Milan, saint Ambroise avoit tâché de conserver le rhythme ancien et régulier dans les hymnes et certaines antiennes ; mais ce rhythme, nullement musical, ne différoit point de la prosodie et du mètre poétique, et s'y subordonnoit entièrement. La preuve qu'il étoit de soi complètement étranger à l'essence du chant ecclésiastique, c'est qu'à l'époque de saint Grégoire, H n'en restoit presqu'aucunes traces.

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