LIVRE IXe. — CHAPITRE Ier
chaque note et chaque accord portent repos. C'est pourquoi on Ta nommée musique plane. Dans sa marche lente et grave, elle offre un caractère de majesté calme qui la rend excellemment propre à l'expression religieuse. L'art, sous cette forme magnifique , atteignit son plus haut point d'élévation au siècle appelé la grande époque, époque en effet illustrée par le génie sans rival de Palestrina. Rien, depuis, n'égala jamais la puissance, l'accent profond et simple, la mystique tendresse, la suavité ravissante de ses chants, soit qu'ils peignent les douleurs maternelles de la Vierge au pied de la croix, soit qu'ils expriment les tristesses ineffables de l'Homme- Dieu , ses angoisses mystérieuses, 'ses pathétiques reproches au peuple qui refuse le salut,- soit que, déroulant au sein de l'espace immense, illimité, leurs vastes ondulations qui se suivent et s'enchaînent sans fin, ils nous transportent au-dessus de la terre, au-dessus de tous les mondes visibles, là où les archanges enveloppent de leurs célestes mélodies, comme d'un voile saint, le sanctuaire où réside l'Eternel.
Les qualités mêmes auxquelles la tonalité ecclésiastique doit le caractère religieux qui la distingue si éminemment, excluent celles qui la rendroient également propre à exprimer les passions humaines. Leur mobile variété, leurs impétueux élans, leurs
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oppositions imprévues , soudaines , leurs nuances infinies, leurs contrastes heurtés, rien de tout cela n'avoit d'expression possible dans l'art créé par l'Église en vue d'un but directement contraire. Quand donc la vie chrétienne cessa d'être la vie en quelque sorte unique des peuples au sein desquels fermentoit un esprit nouveau ; quand, au sortir du moyen-âge , l'humanité redescendit des hauteurs éthérées de la foi dans la sphère orageuse des pensées et des choses terrestres, il fallut que, pour satisfaire à des besoins jusqu'alors inconnus, l'art se transformât. Monteverde, sans le savoir peut-être, opéra cette grande révolution. Par les seules conséquences d'une hardiesse de génie, en posant le rapport de la note sensible avec le quatrième degré, il créa les dissonnances naturelles de l'harmonie et conséquemment la modulation; à la tonalité ecclésiastique incompatible avec ces changements, il substitua une tonalité différente qui appeloit un rhythme régulier, il fut, en un mot, l'inventeur d'une musique nouvelle.
Remarquons ici que l'imperfection qu'offre l'échelle grégorienne des tons, telle qu'elle se forma graduellement, favorisa, au moins d'une manière indirecte , cet important développement de l'art. Il est , en effet , assez difficile de concevoir par quelles voies il se seroit effectué, comment on au-