‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 176 sur 247 · LIVRE IXe. — CHAPITRE 1er · texte numérisé non relu

LIVRE IXe. — CHAPITRE 1er

timbres et retendue de l'échelle des sons , depuis les plus graves jusqu'aux plus aigus ; toutes choses d'elles-mêmes propres à faire naître le sentiment de la variété et de l'immensité de la Nature. Quoique dans la musique religieuse l'orgue remplit des fondions analogues, il offroit des lacunes et des imperfections qui le laissoient fort en arrière des exigences de l'art. Grave et majestueux, mais lent, il n'a aucunes des qualités des instruments à cordes, et ne pouvant, en outre, ni renfler ni affoiblir à volonté les sons, il procède carrément, par masses sonores , et ne sauroit exprimer une multitude de nuances correspondantes à autant d'impressions diverses. On y substitua donc l'orchestre, lequel possède éminemment les avantages qui manquent à l'orgue t niais n'a aucun des siens; de sorte que, transporté dans l'église , il y paroît aussi étranger, aussi dénué du caractère distinctif des chants religieux , que l'orgue est étranger au théâtre et à toute musique destinée, par ce qui la constitue intimement, à exprimer soit les passions humaines, soit le genre d'émotion qu'excitent en nous les harmonies du monde extérieur. L'orchestre , en effet , ouvrit à l'art des perspectives nouvelles, immenses, il put se dilater sans fin , sans bornes, au sein de la Création. Depuis l'oratorio où les voix se mêlent aux instruments , jusqu'à la symphonie où ils par-

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lent seuls, quelle puissance, quelle richesse d'effets î Comme tous les mots vagues, il est vrai, mais pénétrants de cette langue magnifique, se combinent, s'enchaînent pour remuer ce que recèlent de plus secret les mystérieux replis de l'homme ! Quand l'orchestre élève sa grande voix , ce n'est pas simplement la voix de l'univers réel , mais de l'univers conçu par l'homme et senti par lui, la voix qui en révèle le modèle idéal, et tout ce que la contemplation de cette divine image réveille en nous d'instincts infinis, de pensées rêveuses, d'aspirations inénarrables et d'ineffable amour. C'est enfin l'homme lui-même, plongé, absorbé dans l'œuvre de Dieu, vivant de la vie une qui anime l'immense variété des êtres, et, dans la langue universelle que tous parlent, que tous entendent à quelque degré, exprimant leurs rapports mutuels et ses propres rapports avec l'ensemble harmonieux des choses et avec leur Auteur.

Rappelez-vous quelques-uns des poëmes merveilleux de Beethoven. Chacun d'eux émane d'une idée première qui en détermine la forme générale et la contexture. Celui-ci s'ouvre par une scène champêtre. Tout est pur, serein, tout respire le calme et la fraîcheur de la nature au lever du jour, quand les larges ombres qui tombent des montagnes flottent sur la plaine comme les plis traînants

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