‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 183 sur 247 · LIVRE IXe. -* CHAPITRE II; 3SS · texte numérisé non relu

LIVRE IXe. -* CHAPITRE II; 3SS

cet amour, incarnés dans la voix, s'exhalent en accents mélodiques : telle est la première poésie.

Bientôt après , le besoin de savoir développant la pensée , l'homme essaya de s'expliquer les phénomènes qui frappoient ses regards , de s'expliquer lui-même; il se demanda ce qu'il étoit, comment il étoit, pourquoi il étoit, il interrogea sa raison sur la cause nécessaire et sur les effets contingents , sur Dieu et sur l'univers. Il commençoit là une tâche laborieuse et grande, la tâche incessante de l'humanité, continuée toujours, jamais accomplie. Ses premières vues, toutes instinctives, toutes d'intuition immédiate et d'illumination soudaine, marquèrent à la fois la naissance de la religion en tant que dogmatique, car elle avoit comme sentiment , nous venons de le montrer, une origine antérieure, et celle de la philosophie qui a sa racine dans la religion. Alors parurent les poèmes théologiques et cosmogoniques , qui coïncident chez tous les peuples avec l'époque sacerdotale , et dont se composent principalement leurs livres appelés sacrés, ou simplement Le Livre, parce qu'il contenoit, selon la croyance reçue , la parole par excellence, la parole inspirée, divine. De l'idée sous laquelle on concevoit Dieu , dérivoit celle qu'on se formoit de son œuvre ; car on ne pouvoit qu'appliquer à l'être contingent l'idée antérieure de l'Être

3oG IIe PARTIE. — DE L'HOMME,

nécessaire, et la cosmologie n'étoit en réalité que Tincarnation de la théologie. Essentiellement liées Tune à l'autre , elles se produisirent partout simultanément. Ainsi la Genèse s'ouvre par le récit de la création , récit empreint du génie antique , où la pensée , d'une profondeur qui étonne notre science même, se produit sous des formes sublimes de simplicité, et d'une majesté plus qu'humaine.

Puisque nous avons nommé la Genèse , achevons ce qui nous reste à dire de la poésie des Hébreux, d'autant plus qu'elle n'offre presque aucun point de comparaison avec la poésie des autres nations contemporaines.

Ce qui la caractérise d'abord , c'est l'idée traditionnelle parmi les Juifs, et sur laquelle repose toute leur législation, de l'unité de Dieu, et du choix fait par lui de la race d'Abraham , pour être son peuple de prédilection ; race sainte, race bénie, que ses croyances , ses lois , ses mœurs , séparoient des races profanes avec lesquelles il lui étoit défendu de se mêler, et sur qui, conduite par un chef mystérieux annoncé dès les premiers temps et perpétuel objet de son attente , elle devoit un jour étendre sa domination. De là, dans les poëmes hébraïques, quel qu'en soit d'ailleurs le sujet , un fonds unique alors de spiritualisme sévère quant à la pensée, bien que l'expression abonde en images, et une

Page 1